La réserve des lutins

De Clifford D. Simak, 1968.

Je poursuis ma découverte de l’œuvre désormais méconnue de Simak. Quelques semaines après La Planète Shakespeare, j’enchaîne donc avec un autre roman tardif de l’auteur américain : La réserve des lutins. Il y est toujours question d’exploration spatiale, d’extra-terrestres … et de Shakespeare. Mais également de lutins, de banshees et d’un dragon, pour faire bonne mesure et intégrer quelques éléments de fantasy dans un récit qui sent bon la bonne vieille SF de papy. Le roman se lit facilement, d’une traite, et présente les mêmes points positifs et les mêmes défauts que La Planète Shakespeare, malheureusement.

On y suit les péripéties du professeur Maxwell, revenant d’un voyage interstellaire qui ne s’est pas déroulé comme prévu et qui découvre avec un certain déplaisir que ses amis l’ont enterré il y a quelques semaines. Il parvient cependant à charmer la jeune assistante qui occupe désormais son appartement dans le quartier de l’université, réussit par ailleurs à amadouer son tigre de compagnie et en profite pour les embarquer tous deux dans une quête visant à comprendre le pourquoi de la situation. Il comptera pour cela sur l’aide de deux vieux compagnons, un homme de Cro-Magnon érudit importé par la Division du Temps de l’université et… un fantôme bien mystérieux. La petite troupe devra déjouer les ambitions interstellaires d’une race extraterrestre désagréable (une sorte de grande vessie remplie d’insectes se déplaçant sur une roue organique) et résoudre les problèmes de voisinage des lutins de la réserve magique, qui n’ont de cesse de se disputer avec ces fichus trolls.

Ça fait un peu beaucoup, non ? Au moins ne peut-on reprocher à Simak d’avoir une imagination limitée. Et c’est là le problème. Si le tout est très amusant et si les rebondissements nous portent de pages en pages et de chapitres en chapitres, les dialogues servant le tout avec une certaine verve amusée, l’ensemble est tout de même un peu bancal. Simak, dans Demain, les chiens, avait pourtant réussi à se contenir et à poursuivre une seule idée et ses conséquences (il est vrai, nettement plus mélancoliques que dans le roman qui nous occupe aujourd’hui) sur plusieurs millénaires. Ici, le lecteur et les protagonistes n’ont pas le temps de souffler.

Et à force de mêler diverses intrigues l’une dans l’autre, aucune ne semble réellement prendre le dessus et un sentiment de gâchis général pointe le bout de son nez lorsque l’on tourne la dernière page. De nombreuses pistes, évoquées pendant quelques pages et abandonnées sans autre forme de procès, sont jetées en pâture au lecteur sans y revenir. La règle bien connue en dramaturgie du fusil de Tchekhov créée pourtant une attente légitime de la part du lecteur : pourquoi évoquer tel ou tel élément si ce n’est pour ne rien en faire en définitive ? Enfin, je suis un peu injuste : Simak essaie bien de renouer les différents fils entre eux dans un final expédié en quelques pages. Mais l’ensemble sonne, il faut bien se l’avouer, un peu forcé. Artificiel.

Je me doute bien sûr que mon commentaire ci-dessus est inutilement acerbe. Simak souhaitait surtout amuser son lecteur, l’embarquer sur une montagne russe de situations invraisemblables et d’exotismes divers empruntés à la fantasy populaire ou à la SF des magazines pulp des années 50. Et c’est bien ce que propose La réserve des lutins. En cela, le roman est une réussite, en définitive. Comme je le disais : on ne s’ennuie pas et le principe du page-turner avec le crescendo en fin de chapitre fonctionne. Me souviendrais-je cependant de ce roman dans quelques années ? Dans quelques mois ? Rien n’est moins sûr. A nouveau, comme pour Planète Shakespeare, il faut se rendre à l’évidence : La réserve des lutins est à réserver aux curieux ou aux afficionados du style Simak. A ceux qui veulent une tranche d’évasion rétro pétaradante !

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