COGIPpunk

De Benjamin Patinaud, 2026.

Sous-titré : Comment le monde est devenu une dystopie discount

Alors que c’est plutôt du côté des éditions ActuSF que l’on se tourne d’habitude pour les essais relatifs à la SF et à la culture geek en général, c’est cette fois-ci à la maison Au diable vauvert que l’on doit l’essai qui nous occupera aujourd’hui. La maison d’édition, qui publie très régulièrement de la littérature de genre essentiellement anglo-saxonne (très belles rééditions des classiques de William Gibson, récemment), compte aussi dans son catalogue nombre de romans, essais ou fictions engagées, notamment féministes. Petite digression d’ailleurs : difficile d’assumer être l’éditeur francophone historique de Neil Gaiman, du coup… Fermons la parenthèse.

Benjamin Patinaud, alias Bolchegeek, signe ici son deuxième bouquin, quelques années après Le Syndrome Magneto dans lequel il s’attaquait au traitement des antagonistes dans les comics et la culture geek en général. Dans COGIPpunk, déformation du terme cyberpunk en y faisant référence à la COGIP, la boîte fictive imaginée dans la série de Canal+ Message à caractère informatif, exemple de la société absconse, impersonnelle et interchangeable, dont on ignore la réelle raison d’être et qui se veut la caricature du milieu de l’entreprise, Patinaud s’attaque à la dystopie molle dans laquelle nous avons fini par vivre. Sans beaucoup de surprise à la lecture de son pseudo web, l’essai est franchement à gauche. Patinaud participe d’ailleurs régulièrement à Blast et travaille aussi avec L’Humanité (car, oui, l’Huma existe toujours).

Le bouquin, riche au point d’en devenir fouillis par moment, aborde le cyberpunk et la dystopie en général dans ses différentes dimensions et selon ses différentes thématiques. Pour chacune d’entre elles, Patinaud revient sur les raisons qui font que nous ne vivons pas dans le Los Angeles de Blade Runner ni dans les déserts apocalyptiques de Mad Max. Non, nous vivons bien dans une dystopie, mais dans sa version wish. Au-delà du thème classique de dictature molle des démocraties capitalistes, abordé par nombre d’autres penseurs et auteurs avant lui, Patinaud développe surtout la résilience du modèle capitaliste lorsqu’il s’emballe pour devenir le capitalisme dérégulé et amoral actuel. Pourquoi avons-nous les horreurs du contrôle gouvernemental absolu, les déséquilibres de revenus qui s’aggravent, le refus de prendre sérieusement le changement climatique et les catastrophes inégalitaires qu’il provoque ? Simple : parce que si le consommateur ne peut entretenir l’illusion d’un confort ouaté, si l’image du self-made man s’écroule, alors il n’y a plus personne pour acheter les produits formatés que veut refiler le grand capital.

Si les expressions que j’utilise sentent la douce ironie, croyez-moi bien, ce n’est en aucune façon parce que je ne partage pas le constat et les conclusions du bouquin. Oui, bien sûr que la situation mondiale actuelle et la décomplexion toujours plus assumée de la droite extrême qui pointe partout le bout de ses bottes me dépriment fondamentalement, comme l’auteur. Et bien sûr qu’in fine, oui, la raison est toujours : l’argent, ou plutôt la quête maladive du toujours plus. Si je me permets le cynisme, c’est simplement parce que le livre a beau être malin, il n’en demeure pas moins un objet hybride qui, par son format et ses choix, dilue parfois malheureusement son propos.

Je m’explique : il me semble que l’auteur aurait voulu écrire un essai d’économie politique ou, peut-être, de philosophie. Cependant, publié dans une collection de littérature de genre et auteur à succès d’une chaîne Youtube dont la marque de fabrique est d’avoir une lecture politique de la production culturelle, l’essai verse presque par défaut dans le trop plein de références. Certains d’entre elles, pas forcément les plus populaires, m’ont évidemment fait sourire : ce n’est pas tous les jours qu’un bouquin parvient à citer Marx, Boltansky, Marc Fisher et… Karim Debbache ! Et si je me reconnais dans la réflexion, si le bouquin souvent est un miroir, il a aussi le côté dérangeant de vouloir faire rire avec une réalité qui est, au mieux, désopilante. La collection Parallaxe, chez Le Bélial’, vise elle-aussi à parler de sujets complexes en partant de référence geek, pour amener un public amateur de littérature SFFF, d’anime, de jeux vidéo ou de cinéma de genre à se plonger dans des sujets parfois très ardus (physique, chimie, linguistique, etc.) Et si tous les essais là-bas publiés ne réussissent par leur paris (certains restent trop hermétiques), ils partagent tous une même ambition : être didactique.

Et c’est peut-être ce que je reproche le plus à COGIPpunk : il survole beaucoup de sujets, est finalement assez peu didactique avec les concepts socio-politiques qu’il met en avant, et enquille les chapitres à un rythme effréné sans réellement s’assurer qu’un ciment théorique relie les éléments entre eux. Donc à qui est destiné ce livre ? A un public déjà bien informé de convaincus qui se sentiront flattés de capter presque toutes les références ? A des passionnés de SF qui découvriront là une symbolique qu’ils n’avaient pas soupçonnés ? A une caste de geek neet qui verront s’ouvrir une fenêtre, inquiétante il est vrai, sur la réalité qui les entoure ?

Pourtant, en écrivant cela, je sais que je fais la fine bouche : je suis aussi conscient du fait que le bouquin est bien écrit, amusant, docte quand il faut, moralisateur et engagé sans être poussif. C’est objectivement un bel essai littéraire d’un auteur érudit qui démontre que la SF est essentiellement politique et qui nous donne ici quelques clés pour le comprendre. Je ne peux pourtant m’empêcher, quelques jours après avoir fini le bouquin et après avoir enchaîné avec du Marc Fisher, de garder un léger goût amer en bouche. Un trop plein de références et de démonstrations érudites sans en retenir une ligne rouge qui permet de passer du constat à l’action. Ce n’était sans doute pas le propos du livre ou l’intention de l’auteur, mais ça me manque…

Michael

D’Antoine Fuqua, 2026.

Je n’ai jamais été un grand fan de biopics, car la tendance hagiographique générale de l’exercice tend à gommer les aspérités qui rendent justement les biographies intéressantes. Il y a quelques années, la lecture de la bio de George Lucas, par exemple, m’était apparue comme éclairante pour comprendre les obsessions, les limites, les contradictions du personnage. Mais il avait fallu 600 pages relativement denses pour cela. Et on ne parle ici que d’un cinéaste, certes avec un impact majeur sur l’industrie et l’imaginaire geek mondial, mais pas d’un homme qui a changé des vies. Les biopics, eux, limités par une durée qui varie d’une heure trente à deux heures trente, ne peuvent évidemment rendre justice à la complexité de ce qu’est une femme ou un homme que l’on veut nous présenter.

Certains biopics choisissent, comme ce Michael, de se concentrer sur un segment de la vie de l’individu en question, sans s’étendre jusqu’à ces derniers jours. Michael hésite un peu entre les deux tendances : il début bien dans la jeunesse de Michael Jackson, aux commencements des Jackson 5 et s’étend jusqu’au premier concert de la tournée de Bad, soit une grosse vingtaine d’années sur les cinquante de la vie de l’artiste.  Donc, pas une biographie complète, puisqu’il manque toute la seconde partie de la carrière de l’artiste, mais une vraie plongée dans sa vie, de son enfance à son passage à l’âge adulte quand, après tant d’années, il parvient symboliquement à « tuer le père » et prendre sa vie en main.

Et pourquoi pas ? Il y avait là matière à faire un réel film intimiste sur la relation père-fils, sur l’obsession permanente d’un père de famille intransigeant qui refuse à son fils de vivre une enfance et une adolescence normal au profit du bienêtre de la « tribu » Jackson, même si l’on peut douter de son altruisme familial à plus d’une reprise. Mais, non, ce n’est pas ce qu’Antoine Fuqua et les producteurs nous propose avec ce Michael.

Reprenant les codes développés avec succès par Bohemian Rapsody il y a quelques années et de très nombreuses fois copiés depuis par des studios de cinéma cherchant à réitérer l’exploit commercial, Michael ressemble à s’y méprendre à un clip promotionnel pour ce qu’on pense vouloir être la vie du plus connu des Jackson. Exit les sujets qui fâchent, dehors les contradictions, au revoir la subtilité. On assiste simplement pendant plus de deux heures à une succession de mini-clips basés sur le all-time best off de l’artiste entrecoupés de saynètes larmoyantes où Michael subit son père. Aucun autre personnage (ses frères, sa mère, ses producteurs, etc.) ne connaissent le moindre développement et apparaissent simplement à l’écran comme des personnages-fonctions réduits à quelques lignes de dialogues automatiques chargés de souligner l’affect que le spectateur pris par la main est censé ressentir à ce moment précis de la pellicule. Seul Mike Myers, grimé à l’excès dans un très court rôle, existe réellement à l’écran en proposant au spectateur une vraie performance d’acteur un tant soit peu nuancée. Pour le reste, le film est dominé exclusivement par Colman Domingo dans le rôle d’un Joe Jackson menaçant, de patriarche demiurge et jaloux et par un Jafaar Jackson qui tente le mimétisme absolu avec feu son oncle. Comme Rami Malek dans Bohemian Rhapsody, Jafaar Jackson s’efface complètement jusqu’à singer à la perfection les mimiques du Roi de la Pop, reproduisant sur grand écran certaines performances iconiques. Rami Malek l’avait fait avec le concert Live Aid de Wembley des Queen. Je serai incapable, d’ailleurs, de dire si Jafaar Jackson est un bon acteur. C’est un bon mime, c’est certain.

Et il faut noter l’effort de production sidérant réalisé par Fuqua et l’équipe technique du film pour reproduire à l’identique là le garage de Beat It, ici les rues sombres de Thriller ou encore ailleurs le plateau télé de l’iconique moon walk sur Billie Jean lors du Motown 25 de 1983. C’est du très bel ouvrage. De manière générale, d’ailleurs, il y a peu à dire sur la production technique du film, à part quelques réserves que j’émettrai sur l’une ou l’autre image de synthèse bizarrement mal intégrée, à l’instar des quelques passages avec le fameux chimpanzé de la star, Bubbles, qui piquent un peu les yeux.

Non, le problème est ailleurs. Enfin, le problème… les problèmes. Le premier d’entre eux est évidemment le côté aseptisé de l’ensemble : il y a tellement peu d’aspérités dans le développement des personnages, tellement de politiquement correct dans les épisodes que l’on choisi de montrer à l’écran, que l’ensemble devient indigeste de veulerie à peine voilée. Bien sûr que l’ensemble allait être hagiographique. Mais à ce point-là, on tombe dans la fable fictionnelle plus dans la bio. Michael Jackson était un artiste fascinant, bigger than life, alternant le génie intuitif avec les excès qu’on lui connait (totalement hors des réalités) et qu’on suspecte (le cynisme dont fait preuve le film en montrant un Jackson larmoyant au chevet d’enfants malades est d’une ironie dérangeante, pour être franc). Il est ici réduit à une esquisse unidimensionnelle pour lequel on ne veut nous faire ressentir que de l’empathie, même dans ses moments ridicules ou de grande lâcheté.

Le second problème est le rythme du film, qui est tellement séquencé pour contenir un max de clips des standards du Michael Jackson de l’époque, qu’il en devient assez pénible à suivre. Les scènes se suivent sans se rattacher les unes aux autres, les éléments évoqués (la naissance du hip hop, la récupération du rock, la place des artistes noirs-américains dans l’industrie médiatique, etc.) ne sont justement qu’évoqués, comme dans une grande check-list où l’on coche les cases en s’assurant que « ça, c’est fait » sans s’arrêter à aucun moment à ce que l’on vient de dire ou faire. Le tout ressemble alors à une balade inconséquente de tableaux qui résument une vie bien morne.

Troisième problème, intiment lié à la forme et au rythme, est justement ce volet clipesque. Antoine Fuqua a débuté sa carrière dans le clip musical, signant notamment le Gangster’s Paradise de Coolio dans les années 90. Mais c’est aussi le réalisateur de Training Days (exceptionnel), de King Arthur (très passable) et des Equalizer (de l’actionner honnête). Ces films sont archi-cutés, comme toute la production hollywoodienne depuis le début des années 2000 influencée par la culture MTV, mais ils le sont car ils sont avant tout des films d’action ou de suspense. Un biopic, par définition, peut prendre davantage de temps. Mais non. Même quand il reproduit à l’identique l’un ou l’autre clip musical dans la diégèse du film, Fuqua surcoupe et accélère. Le summum est atteint lors du clip de Thiller. Dans le film, Michael se plaint à l’un des assistants de production pour qu’il dise à John Landis de bien filmer les pieds des danseurs, puisque c’est ce que le spectateur veut voir. Et Fuqua de s’attarder quelques secondes sur les pieds puis de proposer un montage rapide vers d’autres moments, évacuant même la fin de la chanson par la même occasion. Peut-être deviens-je vieux, mais j’y vois aussi une tik-tokisation du long métrage : il faut aller vite, zapper avant que le public s’ennuie. Même les clips musicaux d’alors sont devenus trop longs pour la durée d’attention du spectateur lambda du jour. Du coup, on coupe, on accélère, on donne autre chose à voir, massacrant par la même occasion les chansons qui ont fait de Michael Jackson la superstar qu’il fut.

Dernier problème en ce qui me concerne et qui traverse tous les autres : la vacuité de l’exercice. Si c’est pour présenter un spectacle de pantomime aseptisé et hypercuté, quel est le message du film ? Quel est son intérêt ? Faire remonter le nombre d’écoutes sur Spotify ? Vendre des versions remasterisées des 33 tours d’origine (Off the Wall, Thriller, Bad) à des hipsters à gros potentiel économique ? Je ne comprends pas. Vous voulez vous tapez un trip nostalgique sur le Roi de la Pop ? Rien de plus simple : YouTube contient en libre accès et en 4K toutes les performances iconiques reprises dans le film. Et, avec toute la sympathie qu’on peut avoir pour Jafaar Jackson et les artisans qui se sont attelés à reconstituer à la perfection ces décors, allant jusqu’à caster des extras qui ressemblent physiquement aux danseurs originaux, en fait… ça ne vaut quand même pas l’original. Pourquoi se taper un succédané alors que l’original est accessible à tout un chacun ? Mystère…

Reste donc, à côté de ces copies très professionnels, mais copies quand même, la trame d’un film un peu mièvre, volontairement aveugle et, au final, guère passionnant. Je n’étais pas particulièrement fan du Bohemian Rhapsody d’il y a quelques années, mais force est de constater que Freddie Merury avait quand même une vie plus rock que le Roi de la Pop et, du coup, autrement plus intéressante. Les chiffres du box-office me donnent évidemment tort, puisque Michael est un grand succès, destiné donc à engendrer à son tour une succession de biopics mous du genou. Dommage. Si vous aimez Jackson, plongez-vous plutôt dans THIS IS IT, le documentaire crépusculaire sur la dernière tournée de la superstar qui n’a jamais eu lieu en raison de son décès prématuré. Le documentaire est beaucoup plus parlant sur l’étrange humain socialement inadapté qu’était devenu Michael Jackson que ce biopic tiedasse, qui ne rend correctement hommage ni à qui il était comme être humain ni à ce qu’il a réalisé comme artiste.

Jacob’s Ladder

D’Adrian Lyne, 1990.

Après avoir subi un lent travail de propagande au fil des ans, poussé subtilement dans une vidéo sur deux de François Theurel, aka Le Fossoyeur de films, il était temps pour moi de finalement découvrir ce film entretemps devenu un classique. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est surprenant. J’avais, comme beaucoup de cinéphile de l’ère Internet, entendu parlé du long métrage comme une source d’inspiration de Silent Hill et, par extension (ou par voie de conséquence ?) comme l’un des précurseurs de l’esthétique « liminale ». Mais je n’avais, volontairement, pas chercher à en apprendre davantage sur le contenu, souhaitant préserver une première vision vierge de tout apriori.

Et bien que je ne sache pas réellement à quoi je m’attendais, l’Echelle de Jacob n’y a malgré tout pas répondu. Pas que cela en fasse un mauvais film, loin de là, mais simplement pas ce à quoi je m’attendais. Rétropédalons sur la production et sur ses artisans quelques instants, en débutant par Adrian Lyne. Le réalisateur anglais a consacré la majeure partie de sa carrière à des thrillers érotique ou des comédies très 80’s. Jugez plutôt : Flashdance, 9 Semaine ½, Liaison fatale ou encore Proposition indécente. Trouvez dans cela un thriller horrifique qui mélange film de guerre et parabole religieuse était assez improbable. Pourtant, côté réalisation, rien à reprocher à Jacob’s Ladder : Lyne a certainement tiré quelques cartes de son jeu où il a démontré sa capacité à faire monter une certaine tension à partir de pas grand-chose (car, bon, Liaison dangereuse et Proposition indécente n’ont quand même pas un scénar super-développé sur lequel capitaliser…) et mets à profit une certaine esthétique du corps féminin, quitte à le faire à le faire glisser par moment dans du body horror à la David Cronenberg. Elizabeth Peña, le premier rôle féminin du film, est d’ailleurs autant désirable qu’effrayante, à l’instar de ce que Taylor Hackford a su faire avec Connie Nielsen dans The Devil’s Advocate. Lyne, donc, travaille sur un scénario qui ne ressemble en rien au reste de sa filmographie mais rend une copie plus qu’honorable. On y revient plus tard.

Le scénario, donc ? Faut-il chercher du côté de Bruce Joel Rubin pour trouver l’origine de ce long ? L’homme a à son actif quelques scénarios également, mais rien qui ressemble réellement à Jacob’s Ladder. Il est surtout connu quelques années plus tard pour avoir signé le scénar de Deep Impact (un film catastrophe honnête) et de Stuart Little 2 (un film familial lui aussi tout à fait honnête). Non, ce qui s’en rapproche peut-être le plus est l’autre scénario qu’il signe en 1990, année de sortie de Jacob’s Ladder : le scénar de Ghost. Les deux films partagent en effet pas mal de points communs sur lesquels il est difficile de s’appesantir sans spolier l’histoire. Convenons simplement pour l’instant que l’aimable bluette surnaturelle de Jerry Zucker (oui, Ghost est un film réalisé par l’une des trois initiales du trio légendaire des ZAZ… ça vous en bouche un coin, hein ?), qui fait se rejoindre Patrick Swayze et Demi Moore au-delà de la mort par l’intermédiaire d’une Whoopi Goldberg ou faîte de sa carrière, contient lui aussi quelques traces d’un au-delà étrange dont il est fortement question dans le film qui nous occupe aujourd’hui. Vous vous rappelez sans doute que Patrick Swayze, mort au début du film, voit son âme s’éterniser ici-bas dans l’espoir d’aider son ex-compagne, jouée par Demi Moore, a ne pas tomber dans le piège de l’escroc joué par l’excellent second rôle (de salaud) Tony Goldwyn. Pour ce faire, Swayze devra s’entraîner à interagir avec le monde des vivants sous la guidance d’un Vincent Schiavelli ambivalent, à moitié bienveillant et à moitié inquiétant, âme elle-aussi enfermée dans son purgatoire que constitue le métro new-yorkais.

Même décors pour Jacob’s Ladder. Et même ambiance étrange, interstitielle, qui s’installe assez rapidement. Et quand on se penche un peu sur la vie du scénariste à ce moment-là, on en comprend la raison. Ayant de son propre aveu fait l’objet d’un NDE (Near-Death Experience) quelques années auparavant, il a rédigé le scénar de Jacob’s Ladder comme un exutoire, exutoire qu’il a peiné à vendre à différents studios pendant une assez longue période, sans doute dû au fait que le film hésite entre tellement de genre qu’il est difficilement « marketable ». Et c’est finalement la légendaire Carolco, qui fait rarement dans le subtil (Rambo 2 et 3, Double Détente, Universal soldier) mais n’hésite pourtant pas à financer des films au fond subversif (Rambo1er du nom, Total Recall, The Doors, Terminator 2), qui finance le scénar que Lyne, amoureux du script, voulait absolument mettre en boite.

Quand tous les voyants sont au vert, il faut encore trouver des acteurs pour porter l’ensemble. Avec un flair indéniable, Lyne choisi parmi moultes possibles un jeune inconnu au bataillon à cet époque : le débutant Tim Robbins. Et grand bien lui en a pris, puisque l’acteur a la filmo irréprochable par la suite, est littéralement habité par le rôle, incarne réellement la peur, l’hésitation, l’aliénation, la bonhommie et la folie qui caractérise le rôle de Jacob Singer. Dans les seconds rôles, on retrouve Elizabeth Peña qui incarne sa petite amie, Danny Aiello (l’éternel pote de Bruce Willis dans Hudson Hawk, à mes yeux !) dans le rôle d’un chiropracteur angélique, ou encore Pruitt Taylor Vince, Eriq La Salle et Ving Rhames dans le rôle de certains de ses compagnons d’arme au Vietnam. Pas de tête d’affiche, mais tous sont à fond dans leur rôle.

Au final, quand on secoue le cocotier, ça donne un film qui partage ses thématiques avec Ghost, mais dont le résultat final ne saurait être plus diamétralement opposé. Rien de mièvre dans Jacob’s Ladder. Si l’on résume en quelques mots l’histoire, on peut sans trop spolier dire qu’on y suit Jacob Singer, vétéran blessé de la guerre du Vietnam, marqué tant par un PTSD lié que par le décès accidentel, avant son départ à la guerre, de son premier film, joué par le non-crédité au générique Macaulay Culkin (la même année que Maman j’ai raté l’avion !). Il mène une vie normale, comme postier new-yorkais, divorcé mais en couple avec une de ses collègues de bureau. Très vite, pourtant, des anomalies apparaissent autour de lui : un SDF semble avoir une queue reptilienne dans le métro nocturne qui le rapporte chez lui après une soirée d’heures supplémentaires, sa station est fermée et il est obligé de traverser les voies quand il est presque écrasé par une rame surgie de nulle part et peuplée de créatures étranges qui l’observent, etc. Progressivement, Jacob perd les pédales et se replie sur lui, jusqu’au moment où il apprend qu’un de ses anciens camarades de « platoon », habité par l’inénarrable Pruitt Taylor Vince et ses pupilles en éternel mouvement, voie lui aussi des « démons » sortir des murs et le harceler dans un but non défini. Vient alors le doute d’une expérience de l’armée qui a mal tourné et dont ils seraient victime…

Rédigé comme ça, cela donne l’impression d’un thriller fantastique assez simple et linéaire. Mais il n’en est rien : le film début au Vietnam où l’unité en question semble prendre du bon temps en fumant de la beuh, jusqu’à une attaque surprise résultant dans la mort violente de plusieurs soldats, tandis que le personnage de Ving Rhames est au sol dans ce qui semble être une attaque cérébrale. Sans transition, on passe sur Jacob Singer, qui se réveille en sursaut la nuit dans le métro et qui demande à une vieille femme mutique s’il a dépassé sa station. Alors qu’elle ne lui répond pas, il sort à sa station, déserte, où se déroule l’épisode dont j’ai parlé plus haut (station de métro reprise telle quelle dans Silent Hill 2, c’est dire son ambiance malsaine). Et ça continue comme ça, sans transition et sans explication pendant le reste du film, passant d’une temporalité à l’autre, alternant des scènes qui ont l’air normal avec des scènes directement sortie de l’imaginaire d’un Francis Bacon illustrant l’Enfer de Dante (que Jacob compulse lui-même dans la diégèse du film).

Bref, Lyne ne prend absolument pas le spectateur par la main pour le mener dans ce film labyrinthique et cryptique. Au spectateur de se débrouiller. Et bon Dieu que ça fait du bien ! Pour une fois, un film hollywoodien ne nous prend pas pour des cons et nous montre le sous-texte du film fugitivement sans nous l’imposer. Piégé que nous sommes par notre habitude du récit linéaire hollywoodien, notre perplexité augmente de minute en minute, dérangé par ces plans fixes un petit peu trop long, ses réactions légèrement trop excessive, l’irruption imprévue d’un imaginaire horrifique dérangeant dans ce que nous pensons alors être un thriller banal. Mais bon, ce n’est pas un thriller banal. Ce n’est même pas un film d’horreur alambiqué, comme on pourrait le croire à la vue de certaines scènes, à l’instar de la scène du métro ou encore du traitement médical de Jacob, qui passe en salle d’opération dans les sous-sols d’un hôpital qui, une fois encore, ne dépareillerait pas à Silent Hill.

Car en fait Jacob’s Ladder n’est pas ça. Spolions maintenant sans vergogne : Jacob’s Ladder est seulement une parabole mystique, littéralement le passage au purgatoire de Jacob, qui décède au Vietnam et est tenté par les démons avant de pouvoir accéder au paradis avec le sourire. Le film donne pourtant toutes les clés : dans les premières minutes, Jacob s’arrête devant deux panneaux de direction qui indique pour le premier le paradis et pour le second l’enfer. Sa copine, Jezzie, a pour vrai nom Jezabel, qui dans la bible corrompt son mari pour tomber dans l’idolâtrie, son fils décédé s’appeler Gabriel, comme l’ange de l’annonciation, son troisième fils Elie, comme le prophète qui prédit la chute de Jezabel, son chiropracteur est littéralement décrit comme angélique et cite Maître Eckhart. Tout est sous nos yeux, mais de manière discrète, non appuyée, et noyé dans l’emballage d’un thriller horrifique. C’est donc un scénar malin, bien dosé, qui joue sur les attentes du spectateur tout en donnant de manière très claire les clés de sa compréhension pour celles et ceux qui se montrent attentifs. Même l’échelle qui donne son titre au film, une drogue qui rend les soldats ultra-violents dans la diégèse du film, n’est finalement qu’une référence à l’épisode biblique où Jacob rêve de l’échelle qui permet aux anges de littéralement descendre et monter au paradis…

Bercé par l’excellente musique de Maurice Jarre (le père de Jean-Michel et compositeur notamment de la BO de Lawrence d’Arabie), Jacob’s Ladder est donc une réussite formelle indéniable. Son esthétique a inspiré une génération d’artistes après lui, alors qu’il est le fruit heureux de la rencontre de producteurs qui prenaient des risques, d’un réalisateur et d’un scénariste qui signent ensemble leur magnus opus et d’un casting inspiré. Un accident artistique comme il en existe peu, mais qu’on ne peut qu’apprécier, 35 ans plus tard. Et si le film n’est pas exempt de faiblesses (les scènes au Vietnam étaient clairement les moins inspirées), il mérite à coup sûr le visionnage, bien qu’il laisse davantage un goût d’amertume triste, de tragédie en bouche que d’horreur dérangeante, comme sa réputation le laisse connaître. Du très bon.

Samuel

D’Emilie Tronche, 2024.

Une fois n’est pas coutume, parlons série d’animation française. 21 épisodes de 5 minutes en moyenne, pour être plus précis. Emilie Tronche, dont il s’agit ici de la première création, a sans doute être relativement surprise quand les premiers concepts qu’elle dessina et anima il y a quelques années ont attiré l’attention d’un producteur, d’une petite équipe d’animateurs et d’Arte. Résultat, des millions de vue sur les réseaux sociaux (la série est diffusée gratuitement sur la chaîne YouTube d’Arte et des extraits sont diffusés sous forme de shorts sur TikTok, notamment) et une reconnaissance internationale tant de la part du public visé (les enfants, les préados) que de la critique bien-pensante (Télérama abonde).

Et de quoi ça parle, tout ça ? Eh bien c’est assez simple : des déboires quotidiens d’un enfant de dix ans, Samuel, qui grandit, entouré de ses potes et qui commence à s’intéresser aux filles. A la grande Julie, en particulier. Et pas grand-chose d’autre. Chaque épisode est une petite tranche de vie, la plupart du temps introduite par les confessions de Samuel à son journal intime sur la journée écoulée. Les 21 épisodes s’étalent sur une année, débutant par les 10 ans de Samuel et se concluant sur l’anniversaire de ses 11 ans. Année de transition importante dans l’éduction française, puisqu’elle est marquée par le passage en CM1, chez « les grands« , où l’on quitte l’enfance insouciante pour devenir un petit ado en devenir.

Et c’est là qu’on doit tirer notre chapeau à Emilie Tronche. Elle scénarise, dessinne, anime et double toutes les voix. L’écriture de la série en particulier, ses dialogues, son rythme particulier marqué par des temps morts aussi lourds de sens que ses plus truculents échanges, est un véritable petit bijou. Toujours drôle sans être condescendant envers son sujet, chaque épisode est un témoignage précieux de ce que nous étions, de ce que nous vivions, lorsque nous avions le même âge. Bien sûr, nos références ne sont pas les mêmes que des gamins de 10 ans des années 2020, mais les drames de l’enfance sont intemporels.

La poésie de ces tranches de vie sont renforcées par un choix graphique audacieux : comme vous pouvez le voir ci-dessus, le character design est super simple, rond, faussement tracé à la main levée. Et les personnages évoluent dans des décors épurés, davantage évoqués que réellement dessinés. Le tout se marrie particulièrement bien avec le choix majoritaire du noir et blanc, grâce auxquels les aplats mettent en lumière l’essentiel : les émotions des personnages. L’animation marque là un tour de force : elle n’est jamais aussi formidable que dans ces moments de pause où seules les pupilles des protagonistes bougent, reflétant des réactions émotionnelles beaucoup plus intenses que ces mouvements presque imperceptibles.

Pour autant, l’animation n’est pas que simple. Emilie Tronche, qui a placé beaucoup de ses propres souvenirs dans les aventures du jeune Samuel, a apparemment une relation particulière avec la musique et la danse. Ce double attrait a des conséquences sur la série : les choix musicaux, qui généralement clôturent les épisodes, sont excellents et fort à propos. Plus important ; les protagonistes, parfois de manière totalement impromptue, s’expriment par la danse. Leurs émotions passent alors par leur corps, avec la grâce et la maladresse d’enfants de dix ans. Cela résonne particulièrement en moi, puisque j’ai moi-même un fils de 9 ans qui se prend actuellement pour Michael Jackson et qui, par le plus heureux des hasards, partage le même prénom que notre petit héros. Et je n’ai évidemment pas pu m’empêcher de projeter. Mais même sans cela, la grande aventure de la vie que traverse ce Samuel en un an, avec son pote tête-brûlée, son amour inaccessible, sa copine qui elle a des sentiments pour lui, est une histoire archétypique. La revivre, c’est plonger en territoire connu et pourtant c’est à nouveau être émerveillé. C’est presque la matière des mythes.

Résumons-nous : vous avez la possibilité de stopper ce que vous faites, là, maintenant, et de vous connecter sur la chaîne Youtube d’Arte (rappelez-vous, Arte est l’un des rares diffuseurs a avoir réussi à négocier l’absence de pubs sur Youtube, en plus !) et à bingewatcher 1h40 d’animation de qualité, poétique, amusante, émouvante, drôle, subtile et maitrisée. Vous avez été un enfant de dix ans un jour. Vous avez vécu ces premiers émois et ces péripéties qui vous semblaient à l’époque, les évènements les plus importants du monde. Alors je n’ai plus qu’une seule question pour vous : qu’est-ce que vous fichez encore ici ?

Le Voleur d’art

De Michael Finkel, 2023.

Sous-titré : Une histoire d’amour et de crimes

Michael Finkel est ce qu’il est convenu d’appeler un journaliste-écrivain. Il ne publie en effet pas des romans, mais des portraits d’hommes hors-norme moderne. Son premier coup d’éclat date d’il y a une vingtaine d’année lors de la sortie de True Story : Le Meurtrier et le Journaliste, dans lequel l’auteur décrit son expérience et la relation qu’il a établi avec un meurtrier écroué qui avait également usurpé son identité (celle de Finkel). Il y a une dizaine d’année, Finkel a récidivé avec l’histoire de Christopher Thomas Knight dans son livre Le Dernier Ermite, un ancien cambrioleur américain qui a décidé de vivre coupé de tous contacts humains dans une forêt du Maine entre 1986 et 2013. A la lumière de ces deux livres-témoignages, on constate une certaine attirance de la part de Finkel pour les personnages qui cumulent des destins extraordinaires et un certain mépris pour les lois (le premier était un meurtrier, le second un cambrioleur).

Quoi de plus logique, donc, pour Finkel, que de s’intéresser à l’histoire du français Stéphane Breitwieser, connu mondialement pour avoir été l’un des voleurs d’art les plus prolifiques de tous les temps, à égale mesure avec des personnages de fiction comme Arsène Lupin. Mais c’est précisément là où le bât blesse dès la quatrième de couverture pour moi : présenter un voleur de manière presque romanesque comme un équivalent du personnage inventé par Maurice Leblanc le rend dès le départ beaucoup plus sympathique qu’il ne l’est vraiment.

Revenons en quelques minutes aux faits. Stéphane Breitwieser est un alsacien dilettante, vivant chez sa mère et peu social qui, par ce qu’il décrit comme un concours de circonstances (mal-?)heureux, s’est un beau jour mis à voler des œuvres dans les musées européens. Il clamera, après avoir été arrêté des années après le début de ses méfaits, l’avoir fait par amour de l’Art et par amour de sa compagne d’alors, qui fut son assistante dans nombres de ses vols. Entre le milieu des années 90 et son arrestation en 2001, le couple Stéphane Breitwieser/Anne-Catherine Kleinklauss aura volé des centaines d’œuvres d’art de dizaines de musées européens. Après son arrestation, la police retrouvera une série de pièces dans un canal près de Mulhouse, apparemment jetées par la mère de l’intéressé après son arrestation. Des dizaines d’œuvres sur bois (peintures et autres) auraient été brûlées par sa mère également pour dissimuler les objets du délit et d’autres pièces n’ont jamais été retrouvées. Bref, un terrible gâchis pour la culture européenne en général, des mains d’un couple dont la motivation aurait été, d’après leurs dires, l’attirance pour le beau. Car, toutes ces années après, il n’a en effet jamais pu être démontré que le couple en avait fait un quelconque commerce. Ils volaient et, disaient-ils, entreposaient lesdites pièces dans leur chambre commune, à l’étage de la maison familiale, pour « leur plaisir personnel« .

Et c’est exactement le discours que reprend Finkel dans son bouquin, rédigé sur base d’entretiens avec l’intéressé et différents protagonistes (un ami cadreur, certains policiers, des témoins directs ou indirects) bien des années après le propre livre de Breitwieser, Confessions d’un voleur d’art, publié en 2006. Et le bouquin de Finkel est bien construit, malgré un style un peu quelconque, partant d’un premier portrait du voleur, développant ses principaux coups d’éclat et commentant largement son arrestation et les suites de celle-ci. J’ai cependant un problème de fond avec l’histoire, comme vous l’avez sans déjà compris : j’ai beaucoup de mal à voir les protagonistes principaux comme de gentils idéalistes. Il est d’ailleurs notable que le voleur donnant son titre au bouquin, en filigrane, fini par blâmer sa compagne comme muse de ses vols et sa mère comme complice silencieux et destructrice du patrimoine élégamment emprunté.

Je n’en crois rien. M. Breitwieser est un cleptomane qui a profité du manque de moyens de nombre de musées locaux pour assouvir ses pulsions. Je suis prêt à croire qu’il n’y avait pas là d’intentions bassement pécuniaires, le dossier ne présentant aucune tentative de vendre les œuvres qu’il avait volé. Mais son discours justificatif disant qu’il empruntait là des œuvres mal mises en valeur afin d’en profiter pour lui seul se fissure déjà à sa première arrestation en Suisse, après s’être fait prendre à la suite d’un vol raté dans une galerie commerciale. Et une galerie commerciale n’est pas un musée : les œuvres qui y sont exposées ne sont pas des œuvres mal mises en valeur par des musées désargentés dont on pourrait imaginer « sauver » les œuvres pour profiter d’une forme d’onanisme artistique. Non, ce sont des œuvres vendues au profit des artistes (ou d’autres propriétaires) pour l’onanisme artistique d’un nouveau propriétaire. Donc son acte est bien un simple vol. Et la boulimie dont il fit preuve après quelques années, volant plusieurs pièces sans réel intérêt pour celles-ci, les conservant mal chez lui, voire les abimant définitivement, confirme que l’attrait pour l’art n’est qu’une excuse. Preuve ultime, après avoir été libéré après quelques années de prison, il a été repris pour vol à l’étalage, confirmant en cela sa cleptomanie maladive.

Je suis donc assez peu convaincu par ce portrait d’un triste individu et par le choix de Finkel de lui trouver toutes sortes de circonstances atténuantes ou d’excuses. Je peux comprendre qu’il ait été charmé par le bonhomme, les grands artistes de la cambriole pouvant se revêtir d’un manteau de romantisme, mais la conclusion reste la même. A cause d’un imbécile qui se croyait tout permis, la France, la Suisse, la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark ont irrémédiablement perdu une partie de leur patrimoine. Et si les différentes polices concernées semblent assez inefficaces, je peux comprendre leur incompréhension face à un profil il est vrai atypique. Reste un livre qui ressemble par bien des aspects à une variante du syndrome de Stockholm : Finkel, apparemment attiré par les personnages aux marges de la légalité, fini par pardonner aux criminels. Sans doute très chrétien, mais à côté de la plaque à mes yeux.