Invincible – Saison 1

De Robert Kirkman, 2021.

A force de voir des memes nsfw sur Reddit cette dernière année, une séance de rattrapage motivée par la curiosité s’imposait. Et pour une fois, Reddit ne m’a pas déçu. Moi qui ne suis pas très comics, à l’exception de quelques titres généralement atypique, je me suis laissé piégé par la série de Robert Kirkman, qui est également l’auteur du comics duquel la série est adaptée, comics conclu il y a quelques années déjà et dispo en FR chez Delcourt (réédition en intégrale en cours, certainement sur ma liste d’achats dans les mois qui viennent !). Si la première demi-heure de l’anime laisse présager une série sympatoche de super-héros classiques, au centre de laquelle on retrouve Mark Grayson, un ado qui découvre ses pouvoirs en même temps les conséquences de ceux-ci, il est évident que c’est la fin du premier épisode qui fait le taf pour accrocher le téléspectateur. En résumé, c’est comme si le red wedding avait eu lieu dans le premier épisode de Game of Thrones.

Le père de Mark, Omni-man, est le super-héros le plus puissant sur Terre. Quel n’est donc pas notre surprise lorsque [SPOILER – en même temps… pas vraiment, puisque c’est pour ça que la série est mondialement connue !] ce dernier débite en petits morceaux sanglants le plus célèbre groupe de super-héros défendant la Terre sans avancer une quelconque raison et sans avoir le moindre remord… [/SPOILER]. Et c’est ce twist initial qui tient le spectateur en haleine dans pendant les 9 épisodes de 45 minutes qui suivent cet épisode d’ouverture magistral : cette menace latente, cette pression liée au fait que tout peut basculer sans raison dans le gore assumé le plus glauque sans s’embarrasser de justification.

Le brave Mark Grayson, qui officie bien vite sous le nom d’Invincible, sera donc amener à rencontrer ses semblables, des ados bourrés de pouvoir et … de problèmes d’ados. Et à affronter des méchants d’opérette, clichés de comics qui sont surtout là pour servir d’excuses au développement des quelques protagonistes principaux. Et la série est généreuse avec ces derniers : alors que la clé de l’histoire est et reste le conflit à venir entre Invincible et son père, Robert Kirkman prend pourtant le temps nécessaire à développer des personnages accessoires qui cherchent eux-aussi un sens à leurs actions et qui doivent apprendre à vivre avec les conséquences de leurs actes et de leurs choix.

Scénaristiquement malin, la série alterne à merveille entre le développement de personnage et le world-building anticipant sur la conclusion attendue dès ce traumatique premier épisode. Et Kirkman de ne pas épargner grand-chose à son héro : déconvenue amoureuse, naïveté dans les causes qu’il défend, amitié gâchée par des choix hasardeux, le tout dans un climat qui ne pardonne pas les faux pas. Pour faire un parallèle, c’est comme si la première saute d’humeur de Peter Parker était la cause directe du fait que Mary-Jane devait être ramassée à la petite cuillère après une chute de 80 étages de mains du Bouffon Vert… Pas de fin heureuse pour Mary-Jane, juste un beau puzzle sanglant pour les spécialistes du médico-légal.

Vous aurez saisi que la série n’est pas à mettre entre toutes les mains. Comme pour les Boys qui cartonnent en ce moment, on en moins dans du Marvel lambda que dans une version moderne des Watchmen. Loin de l’idéalisme d’un Superman ou de l’héroïsme masochiste d’un Batman, Invincible tient plus de l’ado paumé qui frime un temps et se prend les conséquences dans la gueule. Une version sous stéroïdes du « With great powers come great responsabilities » de Spiderman… Le seul aspect de la série qui me semble fort gentil et pudibond reste la manière dont le sexe est envisagé (à savoir : très peu). C’est pourtant un ressort qui aurait également pu être utilisé pour rendre l’ensemble encore plus réaliste et cru, mais il faut croire qu’Amazon et Kirkman ont malgré tout tablé sur un public plus large que le Rated-R que la série mérite par ailleurs (PS : je ne sais pas si le comic d’origine était plus franc du collier sur le sujet, donc c’est peut-être malgré tout une adaptation fidèle). Le fait que Kirkman ait même adapté quelques personnages pour répondre mieux aux enjeux de société actuels (la copie de Mark, lui-même eurasien, est désormais une black) ne gâche rien et s’inscrit parfaitement dans l’histoire, ajoutant sans doute une couche de lecture supplémentaire sans sembler forcé.

Question animation, Amazon ne s’est pas moqué de nous. La qualité reste constante tout au long des 10 épisodes : c’est fluide, percutant, coloré quand il faut, sombre quand cela est nécessaire. Je ne suis pas particulièrement fan du charachter design, mais je le suis rarement dans le monde du comics en général (je suis plus un enfant du manga et/ou de la bd francobelge que des comics us). Mais bon, je pinaille : ça marche très bien et, ce, sans tomber dans l’escalade musculeuse de certains dessinateurs des écuries Marvel et DC. Evidemment, les super-héros sortent d’un moule archi-connu, mais c’est également le principe d’une série qui se veut au moins partiellement méta, manipulant ses archétypes pour mieux surprendre le téléspectateur inattentif.

En résumé, Invincible est une très bonne surprise et l’un des rares animes que j’ai maté en quelques jours depuis de nombreuses années (sans doute une légère overdose il y a une quinzaine d’années a un peu tué l’attrait du média pour moi). C’est sans doute moins révolutionnaire que les mêmes laissent entendre (Watchmen reste quand même quelques crans au-dessus comme forme ultime d’anti-comics, n’en déplaise à certains), mais c’est tout aussi sûrement une série qui gagne à être connue et vue. Dans l’attente des saisons 2 et 3, financées par Amazon, mais qui semblent prendre un peu de temps à être développée si j’en crois cette grande boîte à rumeurs qu’est devenu Internet. Soyons patients.

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