The Witcher – Saison 1

De Lauren Schmidt Hissrich, 2019.

Il me faut débuter cet article par un disclaimer : je n’ai jamais joué aux jeux vidéo The Witcher et je n’ai pas encore entamé la saga romanesque d’Andrzej Sapkowski. Du coup, je n’avais pas réellement d’apriori en débutant la saison 1 de ce qui fut annoncé comme le successeur de Game of Thrones. J’ai laissé un peu de temps passer avant de la découvrir en raison des échos assez moyens que j’en avais lu ici et là sur le net ces derniers mois. Et plus prosaïquement car je n’avais pas beaucoup de temps pour bingwatcher une série, aussi courte fut elle, ces derniers mois, ma priorité allant à la lecture dans mes rares moments de loisir.

Mais j’ai quand même fini par m’y lancer. Et… j’ai mis un peu de temps à rentrer dedans, soyons honnête. Le premier épisode, sympathique, nous lance dans un monde de fantasy lambda avec un héros lambda qui accompli une quête lambda. Bon, ok, de manière plus sombre que la moyenne. Mais le rythme un peu lent et l’absence de background, toujours essentiel quand on se lance dans un monde fantastique que l’on ne connait pas, m’ont laissé un peu froid. J’avais l’impression d’être dans une copie « pour adulte » de Xena. Je suis sévère, mais la réalisation n’était pas formidable et les effets spéciaux assez cheaps. Heureusement, la chorégraphie des combats et les quelques aperçus d’un monde plus complexe et d’une histoire intéressante m’ont poussé à continuer.

Le deuxième épisode, lui aussi assez anecdotique, m’a fait craindre le spectre d’adaptations fauchées de récits usés jusqu’à la corde, comme l’infamante version MTV de Shannara il y a quelques années, ou le Legend of the Seeker de Sam Raimi. Le parallèle, à nouveau, est un peu injuste puisque dans les deux cas cités, l’œuvre d’origine n’est ni très originale ni d’une qualité littéraire irréprochable. Puis, vint le troisième épisode. Et le quatrième. Et les six suivants, dévorés en quelques heures. S’il est évident que Netflix n’a pas mis le paquet, niveau moyens de production, dans cette première saison, rendant une copie passable question réalisation et effets spéciaux (le dragon de je ne sais plus quel épisode fait quand même ‘hachement mal aux yeux après ceux de GoT), la série est très largement sauvée par son scénar et par le monde qu’elle développe.

Bien qu’encore largement entourée de mystères, on se doute que l’arc narratif de Geralt De Riv sera passionnant. Il est le représentant d’un ordre ou d’une caste (pas tellement clair à la fin de cette première saison) qui arrive en fin de vie. Le chasseur de monstres, qui semble immortel, n’a clairement pas la vie facile. Et sous ses dehors bourrus (interprété par un Henri Cavill parfois à la limite de la caricature, avec force grognements à la clé), on sent qu’il a effectivement le potentiel du héros de fantasy qui sauvera la veuve et l’orphelin. Dans le rôle de la veuve, on a celle qui est selon le moi le meilleur personnage de la série, à savoir l’ex-difforme Yennefer De Vengeberg, magicienne de son état qui apprends le grand Art à coup, littéralement, de sang et de sueur. Et dans le rôle de l’orphelin, la charmante Cirilla, héritière d’un royaume dévasté et réceptacle de pouvoirs qui restent, au terme de cette première saison, bien mystérieux. Pas grand chose d’autre à dire sur elle, puisque Cirilla subit les évènement dans ce première saison et n’a pas réellement un rôle proéminent.

Et lorsque la sauce commence à prendre, la mayonnaise est franchement réussie. C’est peut-être l’excellent personnage secondaire joué par non-moins excellent Joey Batey, le barde Jaksier, qui fait balancer la série vers quelque chose d’éminemment plus sympathique et plus passionnant. Jaksier, le cliché du barde lâche et obséquieux, en même temps qu’il est formidablement drôle et efficace, fait un side-kick bienvenu au ténébreux witcher. Il l’humanise avec ses chansons ridicules (mais que j’écoute en boucle depuis que j’ai terminé la série – les musiques, signées par Sonya Belousova et Giona Ostinelli valant leur pesant de cacahouètes) et offre un point d’ancrage au spectateur. Et lorsque l’histoire de Yennefer se développe, triste, grandiloquente et passionnante, on est véritablement accroché.

Mon petit cœur de fanboy de fantasy ne cesse donc d’espérer la fin du COVID-19 pour que reprenne le tournage de la saison 2 afin qu’elle puisse sortir si pas en 2020, au moins quelque part en 2021. Car les producteurs de la série ont en plus osé des choses avec la construction scénaristique. Il m’a fallu quelques épisodes pour comprendre, comme beaucoup d’autres spectateurs, si j’en crois Internet, que les trajectoires des trois héros, Gerlat, Yennefer et Cirilla, appartenait à trois temporalités différentes, parfois distantes de plusieurs dizaines d’années. Avoir deux protagonistes qui ne souffrent pas des affres du temps (Geralt et Yennefer) permet évidemment cette construction asynchrone des épisodes. J’en profite pour tirer mon chapeau aux scénaristes ayant œuvré sur l’adaptation télé pour avoir « reconstruit » une narration fluide à partir de nouvelles éparses du matériau d’origine. Car la série romanesque The Witcher du polonais Sapkowski débute par deux recueils de nouvelles avant de nous embarquer dans une série de romans qui racontent une épopée plus linéaire et classique. Et les producteurs de la série télé ont pris le risque d’adapter les nouvelles et non de débuter les romans, ce qui donne cet aspect parfois décousu entre les épisodes, certainement au début de la série. Mais cela permet de montrer l’  »origin story » de nos trois héros sans user de nombreux flashbacks dans les prochaines saisons.

J’ai cru comprendre que cela avait perturbé nombre de spectateurs qui reprochaient à Netflix une intrigue trop complexe. Mouais. Faudrait quand même voir à pas exagérer : si on est surpris quand on comprend finalement que les temporalités se croisent et se chevauchent parfois, il ne faut pas un PHD en astro-phyique pour analyser l’ensemble quand on a capté l’astuce. Et The Witcher reste, aussi, de la fantasy classique et efficace, avec son lot de monstres divers, de magiciens étranges et de bardes grivois. Donc une histoire à la portée de n’importe quel amateur de légende ou de récit héroïque. Avec juste ce qu’il faut de nudité pour attirer le chaland habitué à cela depuis The Tudors/GoT/Spartacus, etc.

Pour conclure, je dirais simplement que The Witcher est clairement une bonne surprise. Si Netflix réalise qu’il a là non pas un successeur à GoT (ce n’est pas de la fantasy de grands conflits, mais bien de la fantasy plus intimiste qui se déroule, il est vrai, dans un monde en conflit) mais simplement une très bonne histoire de fantasy, il faut espérer qu’ils donneront un peu plus de moyens à la saison 2 pour que la réalisation et ses artifices se rapprochent davantage des standards des séries télé modernes. Ce qui, à première vue, pouvait donc être un nanard sympathique, est en fait une longue introduction en dix épisodes de 50 minutes à ce qui promet d’être une saga riche, dramatique, sombre et passionnante de dark-fantasy. Que demande le peuple, si ce n’est à la saison 2 de confirmer tout cela ?

PS : Et il faut que quelqu’un dise à Henri Cavill que porter des pantalons en cuir moulant quand on est assez musclé, ça… grossit. Du coup, le witcher a l’air parfois un peu boudiné dans son attirail de chasseur de monstres ce qui, je l’imagine, n’était pas l’effet recherché. 😊

The Dark Crystal: Age of Resistance – Saison 1

De Louis Letterier, 2019.

Il y a bien longtemps, dans les profondeurs de ce blog, je vous ai parlé du classique de la fantasy de 1982, The Dark Crystal. Le film, signé par Jim Hensson et Frank Oz, les deux grands marionnettistes d’Hollywood, est devenu avec les années un classique de la fantasy au cinéma et une référence pour toute une génération d’enfants nés du milieu des années 70 au milieu des années 80. Par un mystère étrange, j’avais échappé à ce classique jusqu’il y a quelques années et je n’avais donc pas particulièrement été touché par le film lorsque je l’ai finalement vu. Si la prouesse technique était impressionnante et l’univers très riche, j’avais trouvé le film un peu vide et les poupées principales (les deux Gelfings) très inexpressives et statiques, ce qui m’avait un peu sorti du film.

Autant dire que l’annonce d’une série télé produite par Netflix ne m’avait pas particulièrement marqué. Elle était à ranger, pour moi, aux côtés de la nouvelle saison de La Fête à la Maison ou encore d’une éventuelle suite à Gilmore Girls. En gros : une manière pour Netflix d’une nouvelle fois jouer sur la nostalgie de son cœur de cible principal, les trentenaires/quarantenaires qui n’hésiteraient à binge-watcher les dix épisodes de ce rappel nostalgique à leur enfance. Une machine à faire du blé, en somme, comme Netflix et les autres nouveaux acteurs (Amazon Prime, Disney+, etc.) aiment à produire depuis quelques années, en capitalisant sur une marque connue et en offrant un énième reboot/remake souvent moyennement inspiré.

C’est aussi la raison pour laquelle je n’avais pas sauté sur la série lors de sa sortie. J’avais vu d’un œil distrait que l’accueil critique était positif, mais le « hype » était retombé assez vite, surtout en francophonie. Confinement oblige, je cherchais quelque chose à regarder et je me suis dit « allez, pourquoi pas… » Et grand bien m’en a pris. Age of Resistance est tout simplement l’une des meilleures séries télé que j’ai vu ces dernières années. Cela mérite bien quelques explications.

D’abord et en premier lieu, il s’agit d’un véritable travail d’artisan. A une époque où filmer tout sur fond bleu avec des acteurs principaux en CGI devient très simple, se lancer dans la construction de marionnettes est aussi suranné que couillu. De fait, partir du principe que le téléspectateur moderne va s’assoir sur son canapé et regarder pendant un peu moins de dix heures des marionnettes vivre de multiples aventures était un pari risqué. Louis Letterier, réalisateur français derrière Le Transporteur, Le Choc des Titans ou encore L’Incroyable Hulk (deuxième film officiel du MCU), est visiblement un fan de longue date du film original. Et c’est avec beaucoup de bonheur qu’il a recontacter l’entreprise familiale de Jim Hensson (décédé entretemps, mais le flambeau a été repris par sa femme et toute une série d’artisans amoureux de leur métier) pour mettre en œuvre ce reboot qui était dans dans l’air depuis de nombreuses années. Et, honnêtement, on sent l’amour du travail bien fait dans la construction non seulement des marionnettes des différents protagonistes, mais également dans la construction des décors du monde de Thra. Vu l’ampleur du projet, ils ont en effet multiplié les environnements là où le film original ne faisait que survoler quelques sets bien distincts. Et c’est un bonheur pour les yeux de voir que le moindre élément du décor est bourré d’animatroniques pour faire interagir à l’écran, par exemple, les plantes et les petits animaux qui peuplent le background.

Les marionnettes en elles-mêmes sont aussi nettement plus mobiles et expressives que dans le film d’origine. Je regrettais particulièrement que les deux Gelfings du film soient très statiques. Ce n’est plus vrai dans la série où les producteurs et scénaristes ont décidé de donner une vraie personnalité aux sept tribus différentes des Gelfings de Thra. Mais il n’y a pas que les Gelfings qui ont bénéficié d’un lifting important : les Skeksis sont aussi nettement plus mobiles (mais toujours aussi laids) et même les Poldings ont de vrais traits de personnalités. Bien sûr, la technologie n’est pas tout à faire absente. Les grands mate matings des années 80 ont été remplacé par des écrans bleu. Mais c’est clairement un plus : cela permet de là aussi une plus grande mobilité des marionnettes qui ne sont pas bloqués dans des plans larges. De vrais scènes d’action ont pu être créé. De manière anecdotique, certains détails des marionnettes ont également été digitalisé là où les animatroniques touchaient leurs limites. Les langues des Skesis, en particulier, sont maintenant très expressives.

Mais tout ceci est de l’ordre du détail par rapport à l’effort fait sur le scénar. Le choix de faire un prequel pouvait étonner, mais est finalement assez logique. Faire une suite au film d’origine limitait fort l’enjeu scénaristique : lorsque les Seksis disparaissent, il n’y a plus d’antagoniste fort, sauf à imaginer un autre type d’ennemis. Et le cristal qui donne son titre à l’œuvre perd de son intérêt s’il est à nouveau entier et non plus menaçant. Le choix de faire un prequel était donc le bon choix. Cela permettrait de redécouvrir les territoires de Thra lorsque ceux-ci étaient plein de vie et non moribonds/crépusculaires, comme dans le long métrage. Bien sûr, le choix du prequel est aussi un risque : le spectateur connait la fin. Il sait, pour faire un parallèle, qu’Anakin Skywalker finira par devenir Darth Vador. Il sait que les Gelfings vont perdre leur duel face aux immondes Skesis.

Et pourtant on ne peut s’empêcher d’espérer, de vivre les aventures de l’héroïque Rian, de la curieuse Brea et de l’ingénue Deet. Je ne vais pas vous résumer l’histoire. Sachez simplement qu’en quelques mots on assistera aux trajectoires parallèles de 3 Gelfings (ceux que je viens de citer, pour les distraits) qui découvriront chacun que les Skesis ne sont pas des despotes éclairés mais bien des monstres pervers qui ne reculeront devant aucune horreur pour s’assurer leur immortalité. Et lorsque le Dark Crystal ne leur donne plus leur ration quotidienne de pouvoir, les affreux rats/oiseaux de proie se tourneront vers les Gelfings pour leur voler leur essence vitale.

Comme le film d’origine, la série n’hésite pas à tomber dans le tragique et la représentation frontale de la violence à l’écran. Nous sommes toujours dans un cadre de fantasy relativement proche du conte fantastique qui pencherait donc vers un public enfantin. Pourtant, la série fait également peur, les gens y meurent, les trahisons se multiplient. Bien sûr, nous ne sommes pas dans un scénario à la Game of Thrones : il y a des gentils et des méchants (et quelques protagonistes qui se perdent en chemin) facilement identifiable. La quête est relativement simple. Mais les personnages et le monde gagnent tellement en profondeur par rapport au film de 1982 que cela donne réellement une histoire passionnante à suivre, pleine de suspens et de rebondissements. Les passages magiques, amusants s’enchaînent à merveille avec des moments tragiques et sombres. Sans parler du fait que la série réussis même à être épique lorsqu’elle le doit. Certains personnages, déjà intéressants dans le film d’origine, le deviennent ici encore plus : le Chambellan est définitivement mon Skesis favori ; c’est un salopard formidable à la LittleFinger dans GoT. Et Mother Augra gagne en tragique quand elle se rend compte qu’elle est elle-même largement responsable des évènements tragiques qui tuent petit à petit le monde de Thra.

Je pourrais encore longuement parler de cette série (vous ais-je dit, par exemple, que les musiques de Daniel Pemberton et Samuel Sim tournent en boucle dans mon casque depuis une grosse semaine ?), mais il faut bien conclure cet avis. Je répète donc ce que je disais : The Dark Crystal: Age of Resistance est non seulement une bonne surprise, c’est aussi l’une des meilleures séries télé sorties ces dernières années à mes yeux. Derrière un travail d’artisan remarquable digne du Studio Aardman, on découvre une histoire maîtrisée, intéressante, réjouissante même, filmée avec passion et brio par Letterier qui répète à l’envie, dans toutes les interviews qu’il a donné sur le sujet, que c’était certainement là son plus dur boulot depuis ses débuts dans le cinéma. Je le crois sur parole. Et merci à Netflix d’avoir financé cette folie pendant les trois ans de préproduction. Espérons juste que la deuxième saison ne mettra pas trois ans à sortir à son tour !

The Mandalorian – Saison 1

De John Favreau, 2019.

Maintenant que le « hype » Star Wars de décembre 2019 est un peu retombé, peut-être est-il temps de parler un peu sérieusement des derniers opus de la saga ? Je me réserve encore pour The Rise of Skywalker, car, à chaud, tout a déjà été dit et redit par des gens plus assertifs et plus convaincants que moi, sans doute. Si la tendance générale est bien sûr au bashing bête et méchant, certains avis argumentés sont éclairants sur la fin de la trilogie Disney. Joueur du Grenier en parle par exemple de manière très émotionnelle, comme tout fanboy qui se respecte, là où Durendal est, comme à son habitude, plus argumenté (mais pas plus aimable avec le film qui, il est vrai, est bourré de raccourcis faciles et autres deus ex machina gênants). Du coup, le meilleur moyen d’en parler est probablement… de ne pas en parler ! Je me réserve donc pour une critique épisode par épisode après la sortie Blu-ray dans quelques mois.

Entretemps, parlons donc de ce qui, au contraire, semble ravir les fans de la saga à travers toute la planète : la première série télé live de Star Wars ; The Mandalorian. L’univers entier (y compris dans des galaxies fort fort lointaines) est uniformément positif sur cette première saison de 8 courts épisodes. J’ai, personnellement, quelques réserves… Je ne m’explique donc pas cet engouement quasi-généralisé (la série aurait-elle un taux de midi-chloriens particulièrement élevé ?). La seule piste que j’entrevois est qu’il s’agit d’une appréciation « en négatif« . Les amateurs de la saga ayant été tellement dégoûtés de la post-logie disneyenne, ils n’étaient que trop heureux de se mettre sous la dent autre chose. Mon problème principal étant que c’est tout aussi disneyen. Je vais essayer d’argumenter ce point de vue.

Mais, en premier lieu, revenons peut-être à l’histoire pendant quelques lignes (ça ne prendra de toute manière pas plus que ça). En gros, cette première saison nous conte l’histoire d’un chasseur de prime mandaloréen quelques années après la chute de l’Empire, telle que restituée dans l’épisode VI. Nous apprenons que les mandaloréens ne sont pas réellement une « race » extra-terrestre, mais plutôt une forme de culte qui regroupe des individus disparates qui se reconnaissent par le port constant de leur armure et par la croyance en un crédo très martial. Les représentants les plus célèbres dans l’univers de Star Wars de ce culte sont bien sûr Jango et Boba Fett, pour les inattentifs du fond de la classe.

Dans la série, le chasseur de prime, qui sera fort astucieusement surnommé Mando (!) vivote comme il peut en enchaînant les contrats (vous savez, les bounties, comme dans bounty hunter ?). Un contrat non-officiel, en dehors de la guilde des chasseurs de primes, l’amène à aller chercher un prisonnier pour le compte d’un groupuscule local de survivants de l’Empire. Mais le brave Mando a des scrupules quand il constate que le prisonnier en question n’est autre qu’un enfant, le nouveau super-mème de l’année 2019, le désormais très célèbre baby-Yoda (et vous êtes prié de vous exclamer, comme la planète entière, « Ooohhhh, qu’il est mignon !« ). S’en suit alors une série d’épisodes relativement indépendants les uns des autres où le brave Mando passera d’une planète à l’autre pour sauver les locaux et s’assurer que le bébé-Yoda échappe à la convoitise des survivants de l’Empire. Voilà, en gros, le résumé de la série jusqu’au dernier épisode, qui nous introduit bien sûr le grand méchant de la série, un nouveau Grand Moff (Gideon, et non Tarkin, qui semble bien mort dans l’univers Star Wars – on n’est plus sûr de rien depuis la résurrection de l’Empereur !). Celui-ci veut s’approprier le bébé-Yoda pour une raison obscure qui sera sans doute le développement scénaristique de la saison 2.

Voilà voilà. Et je suis très partagé, comme je le disais plus haut. Il y a effectivement quelque chose de rafraichissant à découvrir une « autre » histoire de Star Wars adaptée à l’écran (comme Rogue One l’avait en partie fait) et quelque chose d’amusant à voir que John Favreau a choisi de revenir aux sources du genre en faisant de cette série un véritable « serial » dans l’acception original du terme, façon Flash Gordon ou Captain Future. La division en épisodes indépendants où une planète exotique différente est envisagée à chaque fois, où un climat et un enjeu différents sont développés, est une idée qui peut fonctionner. Elle ressemble, en cela, aux nombreuses séries animées déjà produites (dont la qualité varie cependant beaucoup au fil des saisons) à partir de l’univers Star Wars (Clone Wars, Rebels, etc.) J’ai cependant déjà là une première objection : pourquoi avoir choisi ce format séquentiel qui rapproche davantage The Mandalorian d’une série à rallonge ? L’intérêt des séries modernes à nombre modeste d’épisode est bien de conter une histoire continue, à la manière de GoT, de Stranger Things et de je ne sais combien d’autres séries des deux dernières décennies ? Ou, à la limite, de développer des arcs distincts qui peuvent (ou pas) correspondre au découpage en saisons. Toutes les grandes séries récentes de SF partagent ce principe, sauf à retourner en effet à l’époque des premières itérations de Star Trek.

Soit. Je peux accepter la position de principe et m’asseoir dans mon salon pour apprécier ces histoires successives comme j’ai pu le faire il y a bien longtemps avec, par exemple, Cowboy Bebop (un monument de la SF en anime, pour ceux qui l’ignoreraient). Ce découpage implique cependant de facto une grande variation d’intérêt et de qualité entre les épisodes. Et The Mandalorian n’échappe pas à la règle. Si les épisodes qui font avancer l’intrigue générale sont plutôt bien menés, les épisodes-fillers dans le ventre mou de la série sont moins bons. Les épisodes 4 (Le Sanctuaire, où Mando se prend pour le sauveur des Navii locaux), 5 (Mercenaire, où l’hommage à l’épisode IV sur Tatooine est complètement foutu par un Han Solo local de troisième zone qui se paie l’outrecuidance de s’asseoir à la même table dans la Cantine que son illustre prédécesseur et d’être servi, oh! insulte suprême!, par un droïde) et 6 (Le Prisonnier, qui part d’une bonne intention mais qui est desservi par des acteurs tous plus mauvais les uns que les autres) sont assez médiocres. Amusant de constater que les 5 et 6 sont d’ailleurs les seuls à ne pas être scénarisés par John Favreau lui-même. Il reste 5 épisodes de meilleure qualité, vous allez me dire. Mouais…

Ça m’amène à développer mon principal reproche : les chasseurs de primes ne sont PAS gentils. Vous avez vu Jango ou Boba Fett faire des bisous aux Gungans ou aux Jawas, vous ? Moi pas. Mando souffre du même mal que Ryo Saeba dans City Hunter : comment faire d’un personnage de tueur froid (logiquement) un héros qui s’ignore ? C’est tout à fait aussi improbable que de faire d’un Jedi ado un Sith en deux coups de cuillère à pot (Anakin ? Kylo Ren ? Si vous m’entendez…) Alors oui, bien sûr, baby-Yoda (voir ci-dessous) est très mignon. Mais de là à en faire la seule raison pour passer du côté gentil de la Force, ça me semble fort capillotracté. La série se justifie plus tard en disant que le code de conduite des mandaloréens est qu’ils doivent prendre en charge les orphelins et les intégrer dans leur culte. Mais 1/ rien ne dit que bébé-Yoda soit orphelin et 2/ vous voulez dire que si Jango était tombé sur Anakin en lieu en place de Obi-Wan, Jango aurait dû l’adopter et l’instruire dans le culte mandaloréen ? Et Boba, en tant que clone, se qualifie-t-il d’ailleurs comme orphelin ? Mystère.

L’objet du crime…

Et je vois là la disneyisation tant redoutée de l’univers de Star Wars. John Favreau, considéré comme un Dieu par la moitié des fanboys de la planète, n’est autre que le papa d’Iron Man, le film qui a lancé réellement le MCU, cette machine à pop-corn universelle qui rabaisse et infantilise le niveau moyen des blockbusters depuis plus de dix ans maintenant. Et je crains qu’il ne prenne la même voie avec The Mandalorian, plus encore que J.-J. Abrams ne l’avait fait avec son épisode 7 et les suites liées. Pour reprendre une expression chère au Joueur du Grenier, je me suis littéralement face-palmé à la fin du premier épisode quand on découvre la tête de bébé-Yoda. Et plus encore à la fin de l’épisode 3 quand tous les mandaloréens du coin se rassemblent pour sauver leur compatriote et son enfant illégitime. C’est beau, cette franche amitié dans une population connue pour ses qualités martiales et son côté sans pitié. Vous ne voulez pas des licornes et des petits cœurs en sus, non ?

Finalement, parlons également du lore de Star Wars. Si la série est dans l’ensemble assez fidèle à l’extended universe et sait placer toute une série de références qui raviront les fans (dont je fais partie), elle est aussi assez légère sur quelques points essentiels. En effet, si ne pas enlever son casque est à ce point essentiel pour les mandaloréens, comment expliquer maintenant que Jango Fett ne semble pas s’en formaliser quand il l’enlève devant son fils, devant Obi-Wan et devant la moitié des habitants de la planète des cloneurs (dont le nom m’échappe, honte à moi) ? De même, alors que la moitié des critiques de la Terre s’esclaffe devant les nouveaux pouvoirs de Rey dans The Rise of Skywalker, notamment de sa capacité de soin/régénération, personne ne semble s’émouvoir que bébé-Yoda sache faire _exactement la même chose_ ? Et que c’est un _bébé_ ?! Et pas l’incarnation ultime de tous les Jedis ayant existé (oui, j’avoue, ça aussi c’est un peu abusé dans l’épisode 9)…

Et tous ces points, ces faiblesses, m’énervent. En gros, la série n’est pas si mal que ça : elle est très bien réalisée, les musiques sortent enfin du carcan John Williams-esque, Pedro Pascal parvient à « jouer » Mando malgré le fait que l’on ne voit pour ainsi dire jamais son visage, l’art design fait un super boulot et on a, bien sûr, envie de savoir la suite. Où est la cohérence avec les paragraphes précédents, me direz-vous ? Et bien je dirais simplement que, comme tous les Disney, The Mandalorian est très bien produit. Encore heureux, vu le blé engouffré dans l’histoire. C’est spectaculaire, qu’on le veuille ou non. Et ça touche une corde sensible chez tous les geeks de la planète. En étant un moi-même, je ne peux donc pas faire grand-chose d’autre que de m’y plier. Mais cela ne m’empêche pas d’être lucide : si je suis moins négatif que beaucoup sur l’épisode 9, je suis aussi moins dithyrambique sur The Mandalorian qui souffre, pour moi, des mêmes maux. Les McGuffins scénaristiques et le message finalement très rose-bonbon sont aussi invraisemblables dans les deux cas de figure. Bien sûr que je regarderai la saison 2. Mais bien sûr, aussi, que j’aurais préféré une vraie série télé adulte, avec des bounty hunters qui font leur métier plutôt que d’être baby-sitters. Même si ça fait vendre moins de peluches.

Stranger Things – Saison 1

De Matt et Ross Duffer, 2016.

Je ne ferai pas l’insulte à mon éventuel lecteur (le masculin étant épicène, je ne suis pas sexiste) de présenter ou de résumer l’intrigue de la formidable série geek de Netflix, millésime 2016. Je pars du principe que, si vous lisez ceci, il y a 99% de chance que vous l’ayez vue et appréciée. Ce qui m’intéresse plutôt, dans cet article que je vais tenter de garder court, est de comprendre pourquoi elle fonctionne si bien sur le geek de base que je suis et que vous êtes probablement aussi.

Nous pourrions commencer par parler des références et des influences : de Donjons et Dragons à Stephen King, en passant par Star Wars, Steven Spielberg, le mythe de Chtulhu, les Goonies, X-Files ou encore the Breakfast Club/American Graffiti (pour le côté teenage movie), la série a un cadre de références des années 80 et 90 qui parle instantanément aux trentenaires actuels (et sans doute aux jeunes quadra). Elle a par ailleurs l’intelligence de ne pas s’appesantir sur ces clins d’œil et autres inspirations et les intègre directement au récit, comme si cela était parfaitement logique.

Mais Stranger Things, ce n’est pas que ça. C’est avant tout une série sur l’enfance, une coming-of-age story comme les anglo-saxons savent si bien les faire. Doté d’un casting d’enfants de première qualité (mention spéciale à Gaten Matarazzo, Thoothless dans la VO), la série fonctionne essentiellement sur eux et grâce à eux. Mais pas uniquement. David Harbour, « Hop », campe un héros dans le plus pur jus King-ien : alcoolo, brisé par la vie, mais brave et jusqu’au-boutiste.

Mais Stranger Things, … ce n’est pas que ça. C’est aussi une faculté à faire avancer une histoire fantastique aux nombreux personnages et aux enjeux multiples en une durée finalement très courte. Les Duffer Brothers n’ont eu besoin que de 8 épisodes 50 minutes pour mener à bien leur scénario là où d’autres producteurs, avec le même matériel de base, nous aurait sorti deux saisons de 13 épisodes avec moult redites et pertes de temps. Bien sûr que la série use du cliffhanger pour pousser le spectateur à enchaîner les épisodes, mais ceux-ci ne sont pas poussifs ou téléphonés comme on peut les voir, par exemple, dans les épisodes de milieu de saison de Game of Thrones.

Mais… Stranger Things… Ce n’est pas que ça. C’est enfin et surtout une série qui flatte notre inconscient. En mélangeant des références, un rythme, une ambiance et un casting formidable, soutenus par une réalisation spectaculaire sans être abusive ou tape-à-l’œil, Stranger Things nous ramène, en fait, à la maison. Celle de notre imagination d’enfant. Celle des dimanches pluvieux derrière la télé. Celle des premières peurs et des premiers émois. Où des valeurs comme l’amitié, la justesse de la cause, l’héroïsme ont encore un sens. C’est une série moderne, tournée il est vrai dans un passé probablement nostalgique, où les personnages ne sont pas cyniques et où les motifs des uns et des autres sont clairs, sans être manichéens.

Stranger Things, c’est un beau pari (pas réellement risqué, mais soit) de Netflix. Et une belle réussite. Il ne nous reste plus qu’à espérer qu’ils auront gardé le même état d’esprit et la même candeur rafraichissante pour la deuxième saison qui sort aujourd’hui même. Tous à vos petits écrans pour le vérifier.