La panse

De Léo Henry, 2017.

Court roman sorti directement en poche chez Folio SF, La panse est une plongée assez sombre dans les entrailles du quartier de la Défense, à Paris. Pas de thriller politico-financier au rendez-vous, pas de Jérôme Kerviel ou autre clone du Wolf of Wall Street comme personne principal : Bastien est un chômeur qui vivote de droite à gauche quand il se met, presque sur un coup de tête, à rechercher sa sœur jumelle, Diane, qui n’a plus donné de nouvelles à sa famille depuis des mois. A force de chercher, Bastien tombe sur un société étrange aux multiples noms et activités douteuses. Société qui semble avoir des ramifications jusqu’aux tréfonds physiques du quartier de la finance parisienne et qui cache, bien sûr, des secrets inavouables.

Finalement très classique dans sa trame, La panse est une bonne surprise. Acheté par hasard (les couvertures d’Aurélien Police sont toujours efficaces pour attirer l’œil), rapidement lu, le roman mélange savamment le côté intrigue policière crade à la Jean-Christophe Grangé et le fantasme souvent utilisé de la « société secrète » tentaculaire et manipulatrice (au hasard, The Game, Eyes wide shut, le Spectre de James Bond). Les parallèles cinématographiques ne manquent pas, tant le développement de l’intrigue correspond au schéma traditionnel de la descente (littérale, dans ce cas-ci) aux enfers du personne principal, petit à petit contaminé par ce qu’il entends combattre, jusqu’au point où les frontières floues de la raison et l’ivresse du pouvoir amènent le protagoniste sur le fil du rasoir.

Ajouter à ceci un brio certain pour décrire l’environnement froid, tout en métal, en béton et en verre, de la Défense (qui, comme tous les quartiers de bureaux, est infréquentable en-dehors des heures d’ouverture) et une certaine propension à utiliser la novlangue de l’entreprise pour colorer le tout d’un verni de crédibilité bienvenu. L’enracinement dans le présent est une force du roman, puisqu’il augmente l’identification, mais aussi, peut-être, sans doute, une faiblesse. Je ne peux m’empêcher de me demander si ce genre de bouquin survit à l’épreuve du temps. Si l’encrage dans le quotidien, pour de la SF (light, il est vrai), n’est pas une condamnation à plus ou moins court terme.

Autre élément amusant : sans connaître rien de l’auteur, j’ai « reconnu » à plusieurs endroits des similitudes troublantes avec la « corporate SF » de L.L. Kloetzer (sans tout de fois le côté pédant qui m’avait un peu agacé dans CLEER). Et, visiblement, le parallèle est assez logique puisque les deux auteurs se connaissent et ont plusieurs fois travailler ensemble. Au-delà de ces quelques commentaires anecdotique, La panse est une belle découverte. Un bon récit, classique, plein de rebondissements, dans une ambiance poisseuse et glauque décrite avec une certaine maestria. Un bon moment de lecture qui pique ma curiosité quand aux autres travaux de son jeune auteur. A découvrir de toute urgence, donc.

PS: et ne croyez absolument pas la quatrième de couverture de Folio SF. Si je veux bien croire qu’il s’agit là d’un hommage à une certaine littérature populaire, l’adjectif lovecraftien est totalement usurpé. La présence d’un élément fantastique au cœur de l’histoire (je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler), on imagine trop horrible pour être décrit, ne suffit pas à établir une parenté solide. Ou alors X-Files dans son ensemble est un hommage à l’homme de Providence !

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