Arcadia

De Fabrice Colin, 1998.

Après quelques mois, je retrouve donc la collection Steampunk poche de Bragelonne avec ce nouvel extrait de leur back-catalogue : Arcadia, l’édition intégrale, de Fabrice Colin. Le tome, avec sa couverture toujours un poil flashy (dont l’encre dorée à tendance à disparaître assez vote) regroupe Vestiges d’Arcadia et La Musique du Sommeil, deux courts romans qui se suivent directement, rédigés en quelques semaines, si l’ont en croit la préface de Colin, et publiés tous deux chez Mnémos en 1998.

Il est bien difficile de résumer l’intrigue. Roman à tiroirs avec points de vue et personnages multiples, réalités parallèles et mondes déliquescents, Arcadia ne livre pas aisément ses secrets. En gros, nous suivons la vie de quatre jeunes gens sur une Terre agonisante dans le futur proche. L’un deux croisera un vieil homme qui se dira être la réincarnation de John Keats. Quand ils rêvent, ces jeunes gens se voient dans une réalité parallèle, le monde steampunk d’un Londres bloqué sous le règle de Gloriana, où ils incarneront des peintres, poètes et romanciers du mouvement des préraphaélites (ou associés).

Ceux-ci occupent des postes importants dans cette royauté fantasmée, où les artistes sont le pinacle d’une société composée d’hommes et de sidhes, une sorte de sur-homme doté de perceptions et dons magiques. Ce monde se meurt également, à quelques jours de la cérémonie qui fera de la Reine Gloriana une sidhe à son tour. Mais les évènements se précipitent et un homme en noir va progressivement guidé tout ce petit monde vers une résolution inspirée de la matière de Bretagne où les mondes doivent fusionnés et l’Ennemi doit être vaincu.

Roman touffu, complexe, multiple, Arcadia est avant tout un livre généreux qui nous promène dans l’imaginaire débridé mais érudit de Fabrice Colin. N’ayant été que moyennement convaincu de sa collaboration avec Mathieu Gaborit sur Confessions d’un automate mangeur d’opium, j’avais au contraire été agréablement surpris par sa relecture des mythes nordiques dans son Winterheim (intégrale également constituée de plusieurs courts romans successifs). Et je le suis tout autant par cette plongée hallucinée dans des mondes mourants peuplés d’artistes haut en couleur. Et si, comme dans Winterheim, Colin a un peu du mal à conclure, tant pis ! Et tant pis aussi si l’on se perd dans les méandres de ce labyrinthe de fiction. Colin, qui multiplie avec bonheur les styles d’écriture en fonction des personnages et des situation, ne nous facilite pas la tâche en mettant en scène de nouveaux personnages à peu près dans chaque chapitre des 400 pages de son œuvre.

Certains fils scénaristiques sont à peine esquissés. D’autres sont développés mais sans lien avec l’intrigue principale. On y croise le Jaberwocky (et donc Alice), Jack l’éventreur, des peintres psychopathes, des triangles amoureux dépressifs et des dizaines d’autres idées intéressantes. Mais peut-on réellement en vouloir à Colin, dont c’est l’un des premiers romans, d’être trop généreux ? Et quand bien même, il favorise l’ambiance, le style, le ton au scénario en tant que tel, dans de nombreux chapitres, il a raison de le faire : si, comme il le dit, il rédigea ce texte dans un état second en trois semaines seulement, il n’est que justice que le lecteur vive également cette lecture comme une « expérience totale« . Le voyage vaut le détour, ne fut-ce que pour l’expérience.

A des années lumières des très commerciales aventures de Lucifer Box, de Mark Gatiss, pourtant publiées dans la même collection, Bragelonne propose avec Arcadia un premier titre vraiment marquant dans sa collection Steampunk poche. Je ne sais si Colin s’est assagit avec le temps, mais je ne peux que regretter qu’il ait semble-t-il orienter sa carrière vers le polar. Quand on voit la richesse d’Arcadia, même avec son aspect foutraque et halluciné, on ne peut qu’être sûr qu’il a encore des choses à dire dans le domaine du fantastique, de la fantasy ou de la S-F. Mais, bien sûr, il transparait dans Arcadia que Colin est avant tout un écrivain. Souhaitons-nous qu’il continue à nous éblouir avec ses écrits encore de longues années.

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