Averoigne & autres mondes

De Clark Ashton Smith, 1930-1951.

Après Zothique, Averoigne et autres mondes est le second des trois tomes poches couvrant l’ensemble des textes fantastiques de Clark Ashton Smith. Le bouquin, assez épais, regroupe deux tomes de l’intégrale de luxe qui avait été publiée à la suite d’un financement participatif en 2017 par les éditions Mnémos, à savoir le tome consacré à Averoigne et celui consacrés aux autres mondes abordés par Smith au gré de ses publications dans les magazines pulps des années 30. La grande majorité des textes du recueil date des années 1930 à 1935, avec quelques textes courts plus tardifs.

Il est évidemment impossible (et peu souhaitable) de chroniquer ici les 23 nouvelles et les quelques poèmes qui concluent l’ouvrage. Le schéma narratif des nouvelles est connu : il s’agit de textes d’une grosse dizaine de pages qui développent un épisode fantastique ou macabre dans l’un des mondes imaginaires de Smith. Peu de nouvelles sont connectées, à quelques exceptions près où des personnages (qu’ils soient bons ou mauvais) se voient évoquer ou jouer des rôles importants dans plusieurs nouvelles. Le point commun principal des textes est davantage le monde dans lequel ils sont développés et l’ambiance que cela crée. Alors que Zothique nous plongeait dans un Proche-Orient sombre et maléfique, Averoigne est une version légèrement décalée de l’Auvergne moyenâgeuse. On y croise de preux chevaliers qui luttent contre les forces du mal, qu’elles revêtent les habits de vils nécromants ou de terribles stryges.

Et, comme dans Zothique, l’amusant est de constater que les gentils ne gagnent pas forcément. Bien que pur produit de la littérature pulp, Smith, comme vous le savez maintenant, fut fort proche des deux géants de l’époque : Lovecraft et Howard. Et comme eux, il livre des récits qui mêlent le fantastique au macabre. L’horreur est alors forcément gothique et ces références se sentent dans les récits souvent désespérés que Smith livre sur ce moyen-âge fictif. Il en profite également pour écorner la religion chrétienne, rappelant au lecteur que la tentation du mal n’est jamais bien loin des saints hommes qui peuplent alors les monastères isolés, au cœur de sombres et inextricables forêts qui ponctuent ce paysage français imaginaire.

Les histoires que Smith développe, toujours efficace et prenante, représentent toujours le haut du panier de ce que les pulps ont pu livrer dans leurs quelques décennies d’existence. Cependant, je dois l’avouer, le décors, moins exotique et donc probablement un peu plus convenu, place pour moi ce deuxième tome de l’intégrale un peu en-deçà du premier tome que j’avais réellement dévoré. Preuve en est : alors que cela fait de longs mois que je l’ai terminé, je ne prends la peine de vous en parler que maintenant, puisque la sortie récente du troisième et dernier tome de l’intégrale a fait remonter l’auteur dans mes priorités de lecture prochaine. Ne nous méprenons pas : c’est toujours très bon, à n’en pas douter. Mais le « sense of wonder » a simplement un peu moins fonctionner pour moi dans ce tome, le médiéval fantastique d’inspiration européenne étant un territoire de l’imaginaire tellement balisé depuis qu’il devient difficile d’en être encore surpris.

Les « autres mondes » dont il est question dans le titre de l’ouvrage sont constitués de trois nouvelles sur Mars, où de braves explorateurs auront la malchance de tomber sur des « grands anciens » locaux (ce qui n’est jamais une bonne nouvelle, Howard Philip pourra le confirmer ! 🙂 ) et de textes épars relatifs à d’autres mondes et contrées imaginaires. On y croise quelques perles de textes malsains et réellement macabres (notamment une nouvelle où un seigneur local use des pouvoirs de son sorcier pour créer un véritable cauchemar de botaniste en greffant des morceaux d’humains aux arbres et plantes de son sombre jardin). A l’instar de Zothique, Averoigne & autres mondes ne laisse pas beaucoup de place aux rires et à l’émerveillement. Je parlais de dark fantasy dans ma précédente chronique et cela est toujours vrai pour celui-ci. Et si quelques textes se concluent sur le succès du héros vertueux (qui, contrairement à ce qui se passait dans Zothique, parvient ici à sauver la dame en péril), nombre de texte restent noirs et amoral. Les amateurs de pulp noir au style travaillé en auront pour leur argent. Le troisième et dernier tome est pour bientôt dans ces colonnes.

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