L’Instinct de l’équarrisseur

Sous-titré : Vie et mort de Sherlock Holmes

De Thomas Day, 2002

Hommage punk au canon holmésien, Thomas Day nous relate ici les aventures fantastiques du « vrai » Sherlock Holmes, assassin royal de sa Majesté dans un univers parallèle à la limite du steampunk. Arthur Conan Doyle, l’auteur, le vrai, qui déteste sa création, ne fait ici que relater les aventures de ce double extravagant en les atténuant pour nos yeux de lecteur sage et incrédule. Doyle, donc, sert de passage entre notre monde actuel, dans l’Angleterre victorienne, et le monde parallèle, où Sherlock poursuit les démons à Londen (double étrange de Londres), dans un monde où l’homme cohabite avec un espèce extraterrestre ressemblant à s’y méprendre à des ours en peluche.

Dans son délire fantastico-policier, Day convoque un certain nombre de personnages historiques étrangement falsifiés dans cet univers parallèle : Jack London, Oscar Wilde, Freud, Einstein ou encore Jack l’Éventreur. Sans oublier, bien sûr, le parangon éternel : James Moriarty.

Mêlant habillement, comme à son habitude, le sexe et la violence crue, Day s’arme dans ce qui fut l’un de ses premiers romans publié, d’un humour destructeur mais efficace. Les jeux de mots font mal, au propre comme au figuré. Car Holmes, dans l’Instinct de l’équarrisseur, est davantage proche du psychopathe cocaïnomane que de l’enquêteur misanthrope. Jamais il n’aura été plus proche, finalement, de son double maléfique, le génial James Moriarty.

Sur l’histoire en tant que telle, peu de chose à dire : Doyle accompagne Watson qui accompagne Holmes dans sa lutte contre l’assassin de white chapel dans un premier temps, puis dans sa lutte contre Moriarty dans un second temps (le bouquin pourrait être composé de deux novellas indépendantes, si ce n’est le lien scénaristique ténu entre les deux). D’autres pistes sont évoquées et explorées (la vie de Doyle, le rôle de la compagne de Moriarty, etc.), mais sont relativement secondaires par rapport à la mécanique du récit.

Comme d’habitude avec Day, ça va vite, ça cogne dur, on se marre bien. Tout cela est très efficace. On sent aussi l’amour que Day porte au matériau de base, même s’il le malmène ici à l’extrême. La bibliographie fouillée publiée par l’auteur en fin d’ouvrage montre qu’il connait son Holmes par cœur, et qu’il a un intérêt certain pour les pastiches et hommages qui lui furent rendu en littérature depuis des dizaines d’années. Un bon moment de lecture : du Pierre Pevel sous testostérone.

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