Les Carnets Lovecraft: La cité sans nom

De Howard Philip Lovecraft & Armel Gaulme, 2019.

Quelques mois après Dagon, c’est donc au tour de La cité sans nom, autre récit fondateur du myhtos développé par l’homme de Providence, de se voir bénéficier d’un écrin particulier dans cette nouvelle collection thématique lancée par Bragelonne. Après les fonds marins et les variations sur les coquillages aussi lugubres que squameux, l’illustrateur Armel Gaulme met donc son crayon au service de ce texte un peu plus long, publié pour la première fois en 1921 dans le fanzine The Wolverine (avant d’être republié, légèrement remaniée, en 1938 dans l’illustre Weird Tales). Et il change de registre pour ce faire : bonjour aux arabesques, aux déserts aux dunes infinies et aux cités souterraines aussi sombres qu’inquiétantes.

Et force est de constater que ça marche toujours aussi bien ! Gaulme impose sa vision de l’univers Lovecraftien à la manière d’un carnet de croquis, d’esquisses et de variations thématiques toujours aussi belles qu’à propos. Le texte, quant à lui, n’est pas l’un des textes majeurs de son auteur. Il n’en demeure pas moins le premier texte à mentionner « l’arabe fou » Abdul al-Hazred et son ouvrage, le non-moins célèbre Necronomicon. C’est également dans cette nouvelle que Lovecraft aura l’éclair de génie suivant quand il fera citer les vers suivants attribués à al-Hazred par son protagoniste principal : « N’est pas mort ce qui à jamais dort – Et dans les ères peut mourir même la Mort » (ce qui a nettement plus de classe en version originale, il faut l’avouer : « That is not death which can eternal lie – And with strange aeons even Death may die« ).

Le récit est de facture classique pour du Lovecraft : un homme seul, un scientifique, entends vérifier les dires de bédouins effrayés quand ils évoquent à demi-mots une cité antique, maudite, perdue au milieu du désert. Il prend sur lui de chercher et explorer cette cité ensevelie. Il l’a trouvé évidemment, l’explore et y découvre l’indicible horreur de son histoire millénaire. La nouvelle est, là aussi classiquement pour Lovecraft, écrite au passé sous la forme d’un journal de bord tenu par son personnage principal, qui relate donc ses découvertes à postériori sous la forme d’un avertissement aux lecteurs, avertissement destiné à leur épargner la rencontre avec les habitants du lieu ou avec la civilisation qui les a anéanti.

Presque cent ans plus tard, le texte fonctionne toujours, bien sûr. La mécanique simple de celui-ci le réduit cependant à un texte mineur, malgré quelques envolées lyriques typiques de son auteur. On sent cependant que c’est le Lovecraft des débuts qui signe ici un texte assez linéaire où le déroulé des évènements et la chute sont relativement convenus. Les illustrations de Gaulme donnent cependant une profondeur particulière à ce texte, insistant comme dans Dagon sur la géométrie des lieux (dont on connait l’importance dans l’imaginaire lovecraftien).

L’objet-livre, toujours d’aussi belle facture, m’évoque cependant à nouveau la même précaution que pour Dagon : une heure de lecture pour un texte libre de droit à 15 euros (pour un format poche), c’est quand même un poil cher. Les petites bourses (sans mauvais jeu de mots, bien sûr), se contenteront de l’une ou l’autre intégrales qui auront certainement un meilleur rapport nombre de pages/prix. Les passionnés, comme moi, qui ont la collectionnite aiguë et/ou qui apprécient particulièrement Gaulme, craqueront comme des idiots pour ce petit plaisir sans doute trop cher.

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