The Mandalorian – Saison 1

De John Favreau, 2019.

Maintenant que le « hype » Star Wars de décembre 2019 est un peu retombé, peut-être est-il temps de parler un peu sérieusement des derniers opus de la saga ? Je me réserve encore pour The Rise of Skywalker, car, à chaud, tout a déjà été dit et redit par des gens plus assertifs et plus convaincants que moi, sans doute. Si la tendance générale est bien sûr au bashing bête et méchant, certains avis argumentés sont éclairants sur la fin de la trilogie Disney. Joueur du Grenier en parle par exemple de manière très émotionnelle, comme tout fanboy qui se respecte, là où Durendal est, comme à son habitude, plus argumenté (mais pas plus aimable avec le film qui, il est vrai, est bourré de raccourcis faciles et autres deus ex machina gênants). Du coup, le meilleur moyen d’en parler est probablement… de ne pas en parler ! Je me réserve donc pour une critique épisode par épisode après la sortie Blu-ray dans quelques mois.

Entretemps, parlons donc de ce qui, au contraire, semble ravir les fans de la saga à travers toute la planète : la première série télé live de Star Wars ; The Mandalorian. L’univers entier (y compris dans des galaxies fort fort lointaines) est uniformément positif sur cette première saison de 8 courts épisodes. J’ai, personnellement, quelques réserves… Je ne m’explique donc pas cet engouement quasi-généralisé (la série aurait-elle un taux de midi-chloriens particulièrement élevé ?). La seule piste que j’entrevois est qu’il s’agit d’une appréciation « en négatif« . Les amateurs de la saga ayant été tellement dégoûtés de la post-logie disneyenne, ils n’étaient que trop heureux de se mettre sous la dent autre chose. Mon problème principal étant que c’est tout aussi disneyen. Je vais essayer d’argumenter ce point de vue.

Mais, en premier lieu, revenons peut-être à l’histoire pendant quelques lignes (ça ne prendra de toute manière pas plus que ça). En gros, cette première saison nous conte l’histoire d’un chasseur de prime mandaloréen quelques années après la chute de l’Empire, telle que restituée dans l’épisode VI. Nous apprenons que les mandaloréens ne sont pas réellement une « race » extra-terrestre, mais plutôt une forme de culte qui regroupe des individus disparates qui se reconnaissent par le port constant de leur armure et par la croyance en un crédo très martial. Les représentants les plus célèbres dans l’univers de Star Wars de ce culte sont bien sûr Jango et Boba Fett, pour les inattentifs du fond de la classe.

Dans la série, le chasseur de prime, qui sera fort astucieusement surnommé Mando (!) vivote comme il peut en enchaînant les contrats (vous savez, les bounties, comme dans bounty hunter ?). Un contrat non-officiel, en dehors de la guilde des chasseurs de primes, l’amène à aller chercher un prisonnier pour le compte d’un groupuscule local de survivants de l’Empire. Mais le brave Mando a des scrupules quand il constate que le prisonnier en question n’est autre qu’un enfant, le nouveau super-mème de l’année 2019, le désormais très célèbre baby-Yoda (et vous êtes prié de vous exclamer, comme la planète entière, « Ooohhhh, qu’il est mignon !« ). S’en suit alors une série d’épisodes relativement indépendants les uns des autres où le brave Mando passera d’une planète à l’autre pour sauver les locaux et s’assurer que le bébé-Yoda échappe à la convoitise des survivants de l’Empire. Voilà, en gros, le résumé de la série jusqu’au dernier épisode, qui nous introduit bien sûr le grand méchant de la série, un nouveau Grand Moff (Gideon, et non Tarkin, qui semble bien mort dans l’univers Star Wars – on n’est plus sûr de rien depuis la résurrection de l’Empereur !). Celui-ci veut s’approprier le bébé-Yoda pour une raison obscure qui sera sans doute le développement scénaristique de la saison 2.

Voilà voilà. Et je suis très partagé, comme je le disais plus haut. Il y a effectivement quelque chose de rafraichissant à découvrir une « autre » histoire de Star Wars adaptée à l’écran (comme Rogue One l’avait en partie fait) et quelque chose d’amusant à voir que John Favreau a choisi de revenir aux sources du genre en faisant de cette série un véritable « serial » dans l’acception original du terme, façon Flash Gordon ou Captain Future. La division en épisodes indépendants où une planète exotique différente est envisagée à chaque fois, où un climat et un enjeu différents sont développés, est une idée qui peut fonctionner. Elle ressemble, en cela, aux nombreuses séries animées déjà produites (dont la qualité varie cependant beaucoup au fil des saisons) à partir de l’univers Star Wars (Clone Wars, Rebels, etc.) J’ai cependant déjà là une première objection : pourquoi avoir choisi ce format séquentiel qui rapproche davantage The Mandalorian d’une série à rallonge ? L’intérêt des séries modernes à nombre modeste d’épisode est bien de conter une histoire continue, à la manière de GoT, de Stranger Things et de je ne sais combien d’autres séries des deux dernières décennies ? Ou, à la limite, de développer des arcs distincts qui peuvent (ou pas) correspondre au découpage en saisons. Toutes les grandes séries récentes de SF partagent ce principe, sauf à retourner en effet à l’époque des premières itérations de Star Trek.

Soit. Je peux accepter la position de principe et m’asseoir dans mon salon pour apprécier ces histoires successives comme j’ai pu le faire il y a bien longtemps avec, par exemple, Cowboy Bebop (un monument de la SF en anime, pour ceux qui l’ignoreraient). Ce découpage implique cependant de facto une grande variation d’intérêt et de qualité entre les épisodes. Et The Mandalorian n’échappe pas à la règle. Si les épisodes qui font avancer l’intrigue générale sont plutôt bien menés, les épisodes-fillers dans le ventre mou de la série sont moins bons. Les épisodes 4 (Le Sanctuaire, où Mando se prend pour le sauveur des Navii locaux), 5 (Mercenaire, où l’hommage à l’épisode IV sur Tatooine est complètement foutu par un Han Solo local de troisième zone qui se paie l’outrecuidance de s’asseoir à la même table dans la Cantine que son illustre prédécesseur et d’être servi, oh! insulte suprême!, par un droïde) et 6 (Le Prisonnier, qui part d’une bonne intention mais qui est desservi par des acteurs tous plus mauvais les uns que les autres) sont assez médiocres. Amusant de constater que les 5 et 6 sont d’ailleurs les seuls à ne pas être scénarisés par John Favreau lui-même. Il reste 5 épisodes de meilleure qualité, vous allez me dire. Mouais…

Ça m’amène à développer mon principal reproche : les chasseurs de primes ne sont PAS gentils. Vous avez vu Jango ou Boba Fett faire des bisous aux Gungans ou aux Jawas, vous ? Moi pas. Mando souffre du même mal que Ryo Saeba dans City Hunter : comment faire d’un personnage de tueur froid (logiquement) un héros qui s’ignore ? C’est tout à fait aussi improbable que de faire d’un Jedi ado un Sith en deux coups de cuillère à pot (Anakin ? Kylo Ren ? Si vous m’entendez…) Alors oui, bien sûr, baby-Yoda (voir ci-dessous) est très mignon. Mais de là à en faire la seule raison pour passer du côté gentil de la Force, ça me semble fort capillotracté. La série se justifie plus tard en disant que le code de conduite des mandaloréens est qu’ils doivent prendre en charge les orphelins et les intégrer dans leur culte. Mais 1/ rien ne dit que bébé-Yoda soit orphelin et 2/ vous voulez dire que si Jango était tombé sur Anakin en lieu en place de Obi-Wan, Jango aurait dû l’adopter et l’instruire dans le culte mandaloréen ? Et Boba, en tant que clone, se qualifie-t-il d’ailleurs comme orphelin ? Mystère.

L’objet du crime…

Et je vois là la disneyisation tant redoutée de l’univers de Star Wars. John Favreau, considéré comme un Dieu par la moitié des fanboys de la planète, n’est autre que le papa d’Iron Man, le film qui a lancé réellement le MCU, cette machine à pop-corn universelle qui rabaisse et infantilise le niveau moyen des blockbusters depuis plus de dix ans maintenant. Et je crains qu’il ne prenne la même voie avec The Mandalorian, plus encore que J.-J. Abrams ne l’avait fait avec son épisode 7 et les suites liées. Pour reprendre une expression chère au Joueur du Grenier, je me suis littéralement face-palmé à la fin du premier épisode quand on découvre la tête de bébé-Yoda. Et plus encore à la fin de l’épisode 3 quand tous les mandaloréens du coin se rassemblent pour sauver leur compatriote et son enfant illégitime. C’est beau, cette franche amitié dans une population connue pour ses qualités martiales et son côté sans pitié. Vous ne voulez pas des licornes et des petits cœurs en sus, non ?

Finalement, parlons également du lore de Star Wars. Si la série est dans l’ensemble assez fidèle à l’extended universe et sait placer toute une série de références qui raviront les fans (dont je fais partie), elle est aussi assez légère sur quelques points essentiels. En effet, si ne pas enlever son casque est à ce point essentiel pour les mandaloréens, comment expliquer maintenant que Jango Fett ne semble pas s’en formaliser quand il l’enlève devant son fils, devant Obi-Wan et devant la moitié des habitants de la planète des cloneurs (dont le nom m’échappe, honte à moi) ? De même, alors que la moitié des critiques de la Terre s’esclaffe devant les nouveaux pouvoirs de Rey dans The Rise of Skywalker, notamment de sa capacité de soin/régénération, personne ne semble s’émouvoir que bébé-Yoda sache faire _exactement la même chose_ ? Et que c’est un _bébé_ ?! Et pas l’incarnation ultime de tous les Jedis ayant existé (oui, j’avoue, ça aussi c’est un peu abusé dans l’épisode 9)…

Et tous ces points, ces faiblesses, m’énervent. En gros, la série n’est pas si mal que ça : elle est très bien réalisée, les musiques sortent enfin du carcan John Williams-esque, Pedro Pascal parvient à « jouer » Mando malgré le fait que l’on ne voit pour ainsi dire jamais son visage, l’art design fait un super boulot et on a, bien sûr, envie de savoir la suite. Où est la cohérence avec les paragraphes précédents, me direz-vous ? Et bien je dirais simplement que, comme tous les Disney, The Mandalorian est très bien produit. Encore heureux, vu le blé engouffré dans l’histoire. C’est spectaculaire, qu’on le veuille ou non. Et ça touche une corde sensible chez tous les geeks de la planète. En étant un moi-même, je ne peux donc pas faire grand-chose d’autre que de m’y plier. Mais cela ne m’empêche pas d’être lucide : si je suis moins négatif que beaucoup sur l’épisode 9, je suis aussi moins dithyrambique sur The Mandalorian qui souffre, pour moi, des mêmes maux. Les McGuffins scénaristiques et le message finalement très rose-bonbon sont aussi invraisemblables dans les deux cas de figure. Bien sûr que je regarderai la saison 2. Mais bien sûr, aussi, que j’aurais préféré une vraie série télé adulte, avec des bounty hunters qui font leur métier plutôt que d’être baby-sitters. Même si ça fait vendre moins de peluches.

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